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mercredi 14 août 2019

Guide d'un auteur auto-édité






Les  obligations
légales et fiscales
d’un auteur indépendant






ISBN et Code-barres EAN

Si un auteur ne publie qu’à titre privé, il n’a nullement besoin d’ISBN. Par contre, s’il commercialise son livre via les librairies et des sites de ventes, il lui est obligatoire de disposer de numéros ISBN.

Qu’est-ce que l’ISBN ?

L’International Standard Book Number ou ISBN est un numéro à13 chiffres qui permet d’identifier un livre publié dans le monde d’une manière unique ainsi que son éditeur. C’est la carte d’identité d’un ouvrage ! Pour simplifier et bien schématiser, l’ISBN est au livre ce qu’est la plaque d’immatriculation à la voiture ! Il permet de faciliter et de sécuriser la gestion informatique du livre pour les librairies, les bibliothèques et les distributeurs. Son autre objectif est de faciliter les recherches et le traitement des commandes pour tous les opérateurs gravitant autour du livre que ce soit en aval ou en amont. Le code ISBN est indispensable pour référencer et commercialiser un livre dans les réseaux commerciaux. Le code ISBN identifie un livre unique, mais aussi un distributeur. Un libraire qui effectue une recherche d’un livre en utilisant son code ISBN saura exactement chez quel distributeur le commander.

Le numéro ISBN est-il obligatoire pour les livres numériques ?

Oui, tout comme le livre papier, le numéro ISN est obligatoire pour le livre numérique (ebook-epub ect).
Attention ! L’ISBN de votre ebook doit être différent de votre livre papier. Si vous avez publié un livre au format papier avec un ISBN, vous devez utiliser un ISBN distinct pour le même livre en format numérique.
Exemple de code ISBN : 978-2-12345-678-9

Alerte conseil

Il est strictement déconseillé de réutiliser un code ISBN si vous avez déjà publié une version de votre livre chez un éditeur ou prestataire qui vous a fourni un code.
Cela peut provoquer une confusion dans les bases de données des réseaux de vente.
L’éditeur ou le prestataire qui vous l’a fourni peut ne pas être d’accord.
Se procurer un nouvel ISBN est simple et gratuit.

En avez-vous besoin ?


L’ISBN n’est utile et obligatoire que pour un livre destiné à la commercialisation en dehors du cercle familial. Si vous publiez juste pour utilisation personnelle ou à titre uniquement privé, vous n’avez nullement besoin d’un numéro ISBN. Par contre, si vous souhaitez le commercialiser, alors, le code ISBN est non seulement nécessaire, mais aussi obligatoire. A défaut, vos ne pourrez pas référencer votre livre sur les bases de données des libraires et bibliothèques et la vente de votre livre sera sérieusement handicapée.

Qu’est-ce que le code EAN ?

Connu en France sous le nom de GENCODE, le code EAN pour European Article Numbering est le code-barres qui est inséparable du code ISBN ; l’un n’y allant pas sans l’autre, ils forment la paire. Il s’affiche au dos du livre en bas de la 4e de couverture. Pour les livres français, les deux codes (ISBN et EAN) sont identiques. Néanmoins, il faut retenir que l’ebook ne comporte pas de code EAN, car un livre numérique est dépourvu de 4e de couverture.

 

Comment obtenir l’ISBN/EAN ?

Les maisons d’édition et certaines plateformes d’édition et d’autoédition fournissent le numéro ISBN à leurs auteurs. Cependant, les autoédités sont tenus d’avoir leurs propres codes ISBN. Ceux qui publient juste à titre privé n’ont pas besoin de numéros ISBN, mais ceux qui souhaitent commercialiser leurs livres sont obligés d’en avoir afin de faciliter leurs futures démarches commerciales.
Pour ce faire, la démarche est simple et gratuite en France, car il suffit d’en faire la demande à l’AFNIL.

Qu’est-ce que l’AFNIL ?

Afin de vous faciliter encore les choses, l’AFNIL ou Agence Francophone pour la Numérotation internationale du Livre est au service des éditeurs et des auteurs pour leur fournir des codes ISBN/EAN. Cette agence propose sur son site internet www.afnil.org un formulaire spécial pour les auteurs autoédités appelé « Formulaires particuliers ». Après avoir rempli et renvoyé ce formulaire, l’AFNIL vous livrerait une série de plusieurs codes ISBN à utiliser. Il ne faut pas demander de code-barres EAN, puisque c’est le code ISBN sans les tirets.

Il est important de signaler que l’AFNIL ne fournit jamais l’image du code-barres qu’il est obligatoire d’afficher au dos du livre papier. Si vous réalisez vous-mêmes votre couverture, il vous faut alors générer cette image grâce à un des logiciels spécialisés que vous pouvez trouver et télécharger gratuitement sur internet : tapez juste sur votre barre de recherche « logiciel code-barres gratuit ».

Exemple de générateur de code-barres : cliquez ici ou suivez les liens :

À toutes fins utiles, visitez le site de L’AFNIL (Agence Francophone pour la Numérotation Nationale du Livre) pour corroborer vos informations.

 

Sur quelle partie du livre l’ISBN doit-il figurer ?

 Le code ISBN doit figurer :
— sur la page du copyright au verso de la page de titre
— dans la partie inférieure de la quatrième de couverture sous la forme d’un code-barres
Le code à barres imprimé en quatrième de couverture demeure donc inchangé. Il doit seulement être surmonté de la mention de l’ISBN à 13 chiffres avec tirets comme indiqués ci-dessous :
Résultat de recherche d'images pour "code barre ean13".

Le dépôt légal

Le dépôt légal est l’obligation pour tout éditeur, imprimeur, producteur, importateur de déposer chaque document qu’il édite, imprime, produit ou importe en France à la BnF ou auprès de l’organisme habilité à recevoir le dépôt en fonction de la nature du document.

 Le dépôt légal à la BnF est organisé pour permettre la collecte et la conservation des livres, périodiques, documents cartographiques, documents iconographiques, documents sonores et multimédias, logiciels, vidéogrammes, sites web et de la musique imprimée. Le dépôt de ces documents permet de constituer une collection de référence consultable dans les salles de la Bibliothèque de recherche. Il permet également l’établissement et la diffusion de la Bibliographie nationale française.

Le dépôt légal est conçu comme la mémoire du patrimoine culturel diffusé sur le territoire national et englobe donc des œuvres étrangères éditées, produites ou diffusées en France. Institué en 1537 par François Ier, il permet la collecte, la conservation et la consultation de documents de toute nature, afin de constituer une collection de référence, élément essentiel de la mémoire collective du pays.

Perpétuant une œuvre entreprise il y a quatre siècles, le dépôt légal contribue à faire de la BnF un centre d’étude et de recherche unique en France pour les lecteurs français et étrangers.

Pourquoi déposer ?

Inscrite dans le Code du patrimoine, l’obligation de dépôt légal est l’obligation pour tout éditeur, imprimeur, producteur, importateur, de déposer chaque document qu’il édite, imprime, produit ou importe, à l’un des organismes dépositaires du dépôt légal :
-          La Bibliothèque nationale de France
-          L’Institut national de l’audiovisuel
-          Le Centre national du cinéma et de l’image animée,
-          Les bibliothèques habilitées par arrêté du ministre chargé de la culture.
Le dépôt légal est lié à un support plutôt qu’à la notion d’œuvre. Ainsi, une même œuvre peut être déposée plusieurs fois sur différents supports.

 

A quoi sert le dépôt légal ?

Le dépôt légal sert à constituer une collection du patrimoine culturel diffusé sur le territoire français. Il permet aussi la collecte, la conservation et la consultation de documents de toute nature.

Le dépôt légal est une obligation légale inscrite dans le Code du patrimoine et instituée par François 1er en 1537 (ordonnance de Montpellier). Ce dépôt consiste en la remise du document concerné (livre-magazine-film-affiche, etc.) à l’organisme dépositaire. En cas de non-respect de cette obligation, les conséquences peuvent être graves : le contrevenant encourt une amende de 75 000 euros.

Les éditeurs, imprimeurs, producteurs et importateurs sont tenus d’effectuer le dépôt légal des œuvres qu’ils éditent, impriment, produisent ou importent. Cela concerne les documents imprimés, graphiques, photographiques, sonores, audiovisuels, multimédias, quel que soit leur procédé technique d’édition, de production ou de diffusion, dès lors qu’ils sont mis à la destination d’un public excédant le cercle familial, et ce à titre gratuit ou payant.

Œuvres non soumises à l’obligation du dépôt légal :

— les cahiers d’écriture et de découpage ;
— Les documents électoraux mentionnés aux articles R26, R29 et R30 du code électoral ;
— Les documents importés à moins de 100 exemplaires ;
— Les recueils de photocopies et de reproductions d’articles de presse ou d’autres textes,
– les réimpressions à l’identique ;
— Les thèses et autres travaux universitaires non édités ;
— Les travaux d’impression dits de ville (faire-part, cartes de visite…), de commerce (factures, bons de commande…) ou administratifs (modèles, bordereaux…).

Dépôt légal des livres

Le dépôt légal est obligatoire pour les livres, quel que soit leur procédé technique de production, d’édition ou de diffusion, dès lors qu’ils sont mis à la disposition d’un public qui excède le cercle de famille, à titre gratuit ou onéreux. Il permet la constitution d’une collection patrimoniale consultable dans les salles de la Bibliothèque de recherche de la BnF.

Dépôt légal des documents imprimés

Les procédures de dépôt légal sont allégées. Désormais, les éditeurs ne déposeront plus à la BnF deux (2) exemplaires de leurs œuvres, mais un seul uniquement.

En effet, suite au décret numéro 2015-318 du ministère de la Culture et de la Communication publié au Journal officiel le 21 mars 2015 allégeant les procédures de dépôt légal l’obligation de dépôt en 2 exemplaires des publications imprimées est supprimée : un seul exemplaire suffit !

Cette réforme concerne le dépôt de tous les documents imprimés à savoir livres, périodiques, imagerie, documents graphiques et cartographiques, partitions. Cet allègement permet à la BnF d’adapter les services du dépôt légal au contexte de l’édition numérique.



Cas particulier des livres numériques

Le dépôt légal concerne également les e-books ou livres numériques. Seul le contenu (le texte numérique ainsi que les fonctions d’annotation, les outils interactifs, etc.) est visé par le dépôt légal, et non l’outil de lecture ou tablette.

Les modalités de dépôt sont celles du dépôt légal de l’internet, prévues par le Code du patrimoine. L’éditeur n’a aucune démarche active à effectuer auprès de la BnF. En effet, la Bibliothèque réalise des collectes automatiques grâce à des robots.
Si la diffusion d’un livre numérique coexiste avec une version sur support papier, celle-ci reste soumise à l’obligation de dépôt légal.

Attention, cas particulier !

Si vous publiez un livre destiné à un public enfant ou adolescent, en sus du dépôt légal à la BnF, il est obligatoire d’envoyer aussi deux (2) exemplaires de votre livre à la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence.

En outre, chaque exemplaire imprimé de votre livre doit porter sur une page intérieure la mention « loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse », suivie de l’indication du mois et de l’année où le dépôt a été effectué.

Exemple :

Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse : février 2018
Adresse pour faire ce dépôt légal :
DIRPJJ Île-de-France,
21-23, rue Miollis
75015 Paris

Le dépôt légal permet à votre livre d’être enregistré dans la base de données informatique OPALE. Il est ainsi possible à tout le monde, en saisissant votre nom ou le titre de votre livre, d’en connaître les caractéristiques.




Pour en savoir plus, consultez :


 1– le site du ministère de la Justice 

2– le site Service Public Pro.

L’extranet du dépôt légal

La Bibliothèque nationale de France a mis à la disposition des éditeurs un service en ligne pour le dépôt légal des livres. Ce service est destiné à améliorer et simplifier les échanges entre la BnF et les éditeurs soumis à l’obligation de déclarer leurs publications et d’en déposer un (01) exemplaire à la BnF, les éditeurs peuvent effectuer en ligne une partie de ces démarches. Via un accès sécurisé et personnalisé à ce site les éditeurs bénéficient d’une information ciblée et efficace, ainsi que de services performants et individualisés facilitant leurs démarches de déposant au titre du Dépôt légal.

Cet extranet, accessible à l’aide d’un identifiant et d’un mot de passe, permet de saisir en ligne la déclaration de dépôt légal d’un livre, de consulter le récépissé de son dépôt et de suivre son traitement depuis sa réception jusqu’à son signalement dans le catalogue de la BnF et dans la Bibliographie nationale française.

Le site, doté d’une interface sécurisée, a été conçu dans un souci de faciliter les démarches des éditeurs et de garantir un meilleur suivi des documents ainsi qu’un accès plus rapide aux données bibliographiques établies par la BnF.  Pour l’enregistrement de la déclaration en ligne, l’ouvrage doit disposer d’un ISBN et d’un EAN. Cependant, l’éditeur doit continuer à envoyer la déclaration de dépôt légal sur support papier au service concerné de la BnF. En revanche, les retours d’informations de la BnF (récépissés, numéros de dépôt légal...) ne se feront plus sur support papier, mais juste consultables sur le Site et imprimables.

Comment effectuer le dépôt légal d’un livre ?

Deux possibilités s’offrent à vous :

1- Télécharger le formulaire de la BnF :
Une fois le formulaire PDF téléchargé et dûment rempli, vous l’imprimez en trois (3) exemplaires à expédier par courrier postal accompagné d’un exemplaire de votre livre.

2- Ouvrir un compte sur le site dédié de la BnF :
Pour ce faire, il faut se rendre à cette adresse : https://depotlegal.bnf.fr/login.do et une fois le formulaire en ligne rempli, imprimez-le en un (01) exemplaire et expédiez-le par courrier postal accompagné d’un (01) exemplaire de votre livre.

N. B. Les envois de livres destinés au dépôt légal bénéficient d’une franchise postale. Vous n’êtes donc pas obligé de payer les timbres.

Sur l’enveloppe, en haut à droite, écrivez :
« Dépôt Légal — Franchise Postale — Article L. 132-1 du Code du Patrimoine »

 

 Indications pour remplir le formulaire de dépôt légal

Loin d’être exhaustives, ces indications ne sont que des précisions pour vous aider à bien remplir le formulaire. Nous ne l’abordons donc pas en détail, mais seulement les points susceptibles de soulever des questionnements.

 Les différentes parties du formulaire:

Bloc A
L’éditeur c’est vous ! Indiquez vos coordonnées personnelles.
Bloc B
B2
Indiquez votre ISBN
 B4
Titre de la collection, Numéro dans la collection, ISSN : en principe vous n’avez pas besoin de remplir ces cases, qui ne concernent que des collections publiées de façon régulière par certains éditeurs (publications en série).
 B5
Nouveauté ou Nouvelle édition ?
— Si vous publiez pour la première fois, il s’agit d’une nouveauté.
— Si vous avez déjà fait un dépôt légal pour votre livre et que depuis vous avez fait des modifications conséquentes (grosse mise à jour du texte, importante refonte de votre livre), il s’agit alors d’une Nouvelle édition. Vous devez donc procéder à un nouveau dépôt légal. Si vous avez uniquement corrigé quelques phrases ou légèrement modifié votre texte depuis le dépôt légal initial, il est inutile de le refaire.

Broché ou relié ?
Généralement, c’est broché.
B6
Nom et adresse de l’imprimeur :
Exemple : Imprimerie Jouve/Mayenne
 Nom et adresse du dernier façonnier : Imprimerie Jouve/Mayenne
 B7
Chiffre déclaré du tirage :
Indiquez « Tirage à la demande »
 B8
Date de mise à disposition du public : indiquez la date de mise en ligne sur le site de…

Statut juridique et fiscal

L’autoédition est l’édition effectuée par l’auteur lui-même ; c’est lui qui assume toutes les dépenses relatives à cette activité. Cependant, il ne suffit pas d’imprimer son livre pour le vendre. Certaines formalités comme l’obtention d’un numéro ISBN sont indispensables pour mener à bien son projet. D’autres sont obligatoires, comme la déclaration de vos bénéfices au fisc ou le dépôt d’un exemplaire à la Bibliothèque Nationale de France. Les informations qui suivent sont valables uniquement sur le territoire français et dans le cadre d’une diffusion auprès du public. Si votre ouvrage est diffusé en privé (cercle familial), vous n’êtes pas tenu à ces obligations.

Ces indications sont données à titre informatif et ne sauraient remplacer la consultation d’un professionnel (avocat, expert-comptable, Centre des impôts, etc.).

Quel statut juridique et fiscal adopter en tant qu’auteur autoédité ?

Il faut retenir d’emblée qu’il n’existe pas un régime spécial ou spécifiquement adapté à l’autoédition. Il revient donc aux autoéditeurs de se situer par rapport aux solutions déjà existantes. Chaque formule proposée comportant des avantages et des inconvénients, votre choix doit-être guidé par la simplicité et la teneur de votre projet. En cas de succès, il est impératif d’adapter votre régime avec l’aide d’un spécialiste.

Néanmoins, il faut distinguer deux aspects :
1-le fiscal : impôts à payer à l’État
2-le social : cotisations à payer aux caisses de sécurité sociale (Urssaf-RSI)
La règle : il faut être en règle.

Quand on débute dans l’autoédition, on est en droit de se dire que nous n’allons pas vendre de grandes quantités de livres les premiers temps. Nous serons tentés de ne pas déclarer notre activité. Que représentent 400 euros par an ?

Théoriquement, la tolérance des services fiscaux et sociaux est nulle. Les sommes concernées n’ont pas d’importance, que ce soit pour 10 € ou 100 000 €, vous devez déclarer une activité et verser des cotisations sociales.

Cependant, pas de panique ! Vous pouvez attendre quelque temps, mais en ajoutant les revenus perçus sur votre déclaration d’impôt sur le revenu. Cela attestera de votre bonne foi, mais ne vous absout absolument pas. Vous n’êtes pas en règle !
Toutefois, si les ventes deviennent conséquentes, il faut déclarer en urgence votre activité.

 Statut de micro-entrepreneur

Pour un auteur auto édité et indépendant, le meilleur statut par sa pertinence demeure celui de micro-entrepreneur (anciennement autoentrepreneur). Les formalités sont très simples et un système forfaitaire permet d’éviter les calculs compliqués. Alors, faut-il déclarer les revenus des ventes en tant que BNC (bénéfices non commerciaux) ou BIC (bénéfices industriels et commerciaux) ?

BNC ou BIC ?

Dans l’esprit de la loi, les BIC concernent une activité commerciale comme vendre et acheter des marchandises en réalisant un bénéfice (ex : libraire, grossiste, négociant…). Par contre, les BNC concernent une activité libérale (ex : médecin, avocat…).

Pour les auteurs indépendants, les deux cas sont acceptables. Toutefois, d’après l’article 92-2 du code général des impôts (CGI) qui range dans la catégorie des bénéfices des professions non commerciales les produits de droits d’auteur perçus par les écrivains ou compositeurs et par leurs héritiers ou légataires, les BNC correspondent mieux à l’esprit du législateur français en matière de produits culturels (voir le Bulletin Officiel des Finances Publiques sur les BNC, paragraphe 80).

En tant qu’auteur autoédité, vous êtes à la fois un artiste qui mène une activité intellectuelle et un éditeur qui vend des marchandises. Les BNC demeurent la meilleure solution.

La différence de calcul entre BIC et BNC

Si vous déclarez des BNC, seul votre bénéfice sera pris en compte comme chiffre d’affaires. Avec les BIC en revanche, il faudra le calculer en prenant le prix de vente public de vos livres et le multiplier par la quantité vendue.

1- Vous vendez vos livres (ebook et papier) à travers des plateformes en ligne qui les fabriquent, les expédient en vous versant un bénéfice appelé parfois royalties ou redevance. Là, il s’agit de BNC. Votre chiffre d’affaires sera composé de la somme nette reversée par les plateformes.

Exemple :

Livre vendu prix public : 15 €
Coût d’impression indiqué par la plateforme : 7 €
Vous déclarez en tant que BNC : 15-7=8 €

2– Vous faites imprimer un stock de livres par une plateforme ou un imprimeur quelconque. Vous les vendez sur des salons du livre, en librairie ou ailleurs. Il s’agit alors d’une activité commerciale d’achat-revente. Il est possible de déclarer ces revenus comme BIC. Votre chiffre d’affaires en tant que micro-entrepreneur sera composé de la quantité de livres vendus multipliée par le prix de vente public (et non pas du bénéfice, contrairement où vous déclarez en BNC). 

Exemple :

Livre vendu prix public : 15 €
Coût d’impression indiqué par la plateforme : 7 €
Vous avez acheté votre stock au prix unitaire de : 7 €
Vous faites un bénéfice de : 8 €
Vous déclarez en tant que BIC : 15 €

En règle générale, en tant qu’auteur autoédité, vous avez intérêt à déclarer vos revenus en BNC.

En tant que micro-entrepreneur vous pouvez réaliser un chiffre d’affaires :
1 – pour les activités commerciales (BIC) le plafond est de 82 800 €
2- Pour les activités libérales (BNC), le maximum est de 33 200 €
Au-delà de ces montants, vous devez passer à un autre régime.

Les cotisations

Concernant la Cotisation Foncière des Entreprises :
1 – en BNC, vous êtes exonéré sans limites de temps.
2- En BIC, exonération uniquement la première année.

Les cotisations sociales :

En plus des impôts, vous devez payer les charges sociales. En tant que microentreprise, le calcul est forfaitaire (régime microsocial).
Il faut juste appliquer un pourcentage à votre chiffre d’affaires.
1- En BNC, vous payez les cotisations de l’ordre de 23 % à l’Urssaf.
2- En BIC, vous payez les cotisations de l’ordre de 13 % au RSI
Ces taux varient presque chaque année.
Pour de plus amples informations sur le régime de micro-entrepreneur :

 

TVA

En tant que micro-entrepreneur vous n’êtes pas soumis à la TVA.
Sur vos factures, le montant hors taxes (HT) est égal au montant toutes taxes comprises (TTC). Néanmoins, revers de la médaille, lorsque vous achetez un produit ou service, vous le payez TTC et ne pouvez pas prétendre au remboursement de la TVA.

Sites incontournables :

http://www.guichet-entreprises.fr/

Le statut de micro-entrepreneur (autoentrepreneur) existe depuis le 1er janvier 2009. Ce dispositif a été créé dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie (LME), promulguée le 4 août 2008.



L’Agessa

L’Association pour la gestion de la Sécurité sociale des artistes auteurs (Agessa) s’occupe de l’affiliation et du recouvrement des cotisations sociales des artistes et auteurs. Il s’agit donc de leur Sécurité sociale.

Il faut signaler que ce régime ne concerne que les auteurs qui perçoivent des « droits d’auteurs » en contrepartie de la cession de leurs droits d’auteurs sur leurs œuvres. Donc, ils perçoivent des revenus versés par un éditeur. Comme les revenus des auteurs indépendants sont des redevances et donc un chiffre d’affaires, ils ne sont pas soumis au régime de l’Agessa.

Tous les auteurs publiés par un éditeur traditionnel doivent obligatoirement cotiser dès le premier exemplaire vendu (l’éditeur prélève directement les cotisations et les reverse à l’Agessa). Cependant, pour pouvoir bénéficier de la couverture sociale en s’affiliant à l’Agessa, il est obligatoire de percevoir des revenus d’auteur supérieurs à 8784 € par an (Agessa 2017).

Dans le cas où vous êtes un auteur hybride :

1– publié par un éditeur pour certains livres
2 – autoédité pour d’autres livres
Vous êtes soumis alors à deux régimes sociaux et fiscaux différents.

1– Votre éditeur paie directement à l’Agessa les cotisations sociales obligatoires sur les droits d’auteurs qu’il vous verse. Si vous percevez moins de 8784 € par an (en 2017), vous ne pouvez pas vous affilier à l’Agessa. Si vous cotisez quand même, ce sera sans couvertures sociales.

2– Quant à vos livres autoédités, vous devez déclarer les revenus et payer les cotisations sociales via un autre moyen (micro-entrepreneur ou société commerciale)

Protection des œuvres

Un livre, c’est comme un enfant, il est essentiel de le protéger. Vous venez de donner naissance à votre livre, alors il faut le prémunir, essentiellement contre le plagiat. Néanmoins, cette action n’est nullement obligatoire. La décision vous appartient. A notre humble avis, cette procédure s’impose davantage à un roman qu’à un récit de vie. Le principe est de conférer à votre œuvre une date d’antériorité qui vous permettra, en cas de litige, de prouver votre paternité.

Comment protéger son œuvre ?

Plusieurs options s’offrent alors :

1– Envoi recommandé et cacheté à votre propre adresse.
Vous vous envoyez votre manuscrit à vous-même sans décacheter l’enveloppe. Le cachet de la poste faisant foi, il prouvera que vous en êtes bien l’auteur. Certes, c’est une méthode artisanale, mais qui ne coûte que le timbre.

2– Envoi d’un mail avec un fichier joint
Même principe que précédemment pour l’envoi d’un manuscrit par la poste, mais cette fois-ci par mail et sous format numérique. Opération gratuite.

3- Dépôt chez un notaire ou un huissier
Une méthode classique, mais efficace. Cependant, elle coûte entre 100 et 200 €.

4– Dépôt auprès d’une société d’auteur
Vous envoyez votre manuscrit sous format papier dans une enveloppe fermée à la Société Des Gens De Lettres (SGDL). En retour, vous recevrez une attestation de dépôt et votre texte bénéficiera d’une protection pendant 4 ans. Ce service vous sera facturé 45 €. Évidemment, ce service est renouvelable.

5- Enregistrement d’une empreinte numérique
Cette alternative au dépôt de manuscrit est également proposée par la SGDL sous le nom de CLEO. Ce service de dépôt d’empreinte en ligne vous permet d’authentifier et de dater votre œuvre directement à partir de votre ordinateur. Chaque enregistrement d’empreinte numérique coûte 10 € par an. La durée maximum du renouvellement est de 10 ans. C’est pratique, sûr et rapide.

6- Dépôt d’un copyright
Vous déposez votre texte dans un espace d’archivage assez conséquent de plusieurs mégaoctets. Votre déclaration de droits d’auteur est alors archivée pour une durée illimitée.  Coût de la prestation : 12,25 €.   

Cas particulier de l’ebook : privilégiez le dépôt par empreinte numérique auprès d’un prestataire du web.


 
Mentions à insérer dans votre livre


La mention du copyright n’est pas obligatoire pour protéger vos droits. En France, les œuvres sont automatiquement protégées. En pratique, il est bon de la faire figurer sur votre livre, d’autant que c’est très simple :
Au début de votre livre sur une page de gauche après la page de titre, insérez une ligne selon ce modèle :
© Prénom Nom, Année de publication

(Le signe © peut être remplacé par le terme Copyright)

 

Exemple :

© Benak , 2018

ou
Copyright Benak , 2018

Quel type d’œuvres protéger ?

On ne peut pas protéger n’importe quel manuscrit. Pour être protégée, l’œuvre doit répondre à deux critères :
1– Avoir une forme précise : on ne peut pas protéger une idée, il faut que cette idée soit mise en forme de façon précise. Par exemple on ne peut pas protéger l’idée d’un livre ayant pour sujet « L’Amour et la Sang », car cela reviendrait à interdire toute autre publication sur ce sujet. En revanche le texte complet et détaillé d’un livre sur l’amour pourra être protégé.
2- Être originale : un auteur n’est pas obligé d’inventer de nouveaux sujets ou thèmes. C’est la manière de traiter le sujet qui compte. En littérature, c’est l’expression (choix des mots-tournures de phrases-style…) et la composition (déroulement de l’histoire-plan-organisation des chapitres…) qui font l’originalité.

Les droits d’auteur

En tant qu’auteur, vous bénéficiez de deux types de droits sur votre œuvre :
1 – Droits patrimoniaux (droits pécuniaires)
Ils vous permettent de tirer un apport financier de vos œuvres.
2- Droits moraux
Ceux-ci permettent de protéger votre œuvre contre toute modification. À titre d’exemple, un éditeur peut souhaiter la réécriture d’une partie du texte ; vous refusez si vous estimez que ces modifications déforment l’esprit de votre tapuscrit.
Bon à savoir :
En droit français, les droits moraux sont incessibles ! en conséquence, un contrat qui prévoit la cession des droits n’est pas valide.

Durée des droits 

Une bonne nouvelle : vous pouvez jouir de vos droits la vie entière et 70 ans au-delà. L’article L.123-1 du Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) allonge la durée de 50 à 70 ans post-mortem en application d’une directive européenne du 29 octobre 1993.
La transposition de la directive européenne du 29 octobre 1993 relative à la durée de la protection des droits d’auteur est intervenue en France avec la loi du 27 mars 1997. Cette loi porte la durée de protection des droits d’auteur à 70 ans post-mortem au lieu de 50 ans, ce qui signifie que 70 ans après le décès de l’auteur, l’œuvre tombe dans le domaine public.
La durée de 70 ans débute au décès de l’auteur et non à la publication de l’œuvre.

 

Les mentions obligatoires

Un arrêté du 12 janvier 1995  fixe les mentions obligatoires devant figurer sur les documents imprimés, graphiques et photographiques soumis au dépôt légal 
1- Nom (ou raison sociale) et adresse de l’éditeur
2- Nom et domicile de l’imprimeur ou du producteur
3- Pays de production en cas d’impression à l’étranger.
4- Mois et année de création et d’édition.
5- Date d’achèvement du tirage.
6- Les mots « Dépôt légal » suivis de l’indication de l’année et du mois de l’exécution du dépôt.
7- Pour les nouveaux tirages : Indication de l’année où ils sont effectués.
8- Pour les réimpressions à l’identique : le mois et l’année où elles sont effectuées.

Attention, dans le cadre des réimpressions à l’identique, la mention du mois et de l’année de l’exécution du dépôt légal devant figurer sur l’ouvrage demeure celle du dépôt initial du livre.

Ces mentions sont inscrites habituellement sur la dernière page de l’ouvrage, ou sur la page précédant la page de titre. Elles ne sont pas obligatoires pour les ouvrages importés, exception faite de l’ISBN qui doit obligatoirement figurer sur tout ouvrage.

La mention de l’ISBN est obligatoire dans tous les cas, au verso de la page de titre, au bas de la 4e de couverture, et au bas de la dernière page de la jaquette s’il y a lieu. Pour obtenir un ISBN, s’adresser à : l’Agence francophone pour la numérotation internationale du livre (AFNIL) — 35 rue Grégoire de Tours, 75006 Paris — 01 44 41 29 19. Mél afnil@electre.com...
Pour le cas d’une œuvre numérique, vous pouvez vous référer au document sur l’ISBN réalisé par le groupe Normes et Standards.

Les œuvres pour la jeunesse

Dans le cas d’une œuvre destinée à la jeunesse, en dernière page recto ou verso, on doit porter la mention « loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 » suivie du mois et de l’année du dépôt. Cette mention doit être imprimée sur la première ou la dernière page en caractères gras et apparents.

Si l’activité est exercée par une personne morale (société ou association), les noms et prénoms de ses dirigeants doivent figurer sur chaque exemplaire.

 

Le Prix

Le prix du livre en euros par impression ou étiquetage. Dans ce dernier cas, l’étiquette porte également le nom de l’éditeur.

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vendredi 22 mars 2019

CANVAS et OTPOR


Yatim ne comprenait pas pourquoi on troquait sa dignité humaine et son honnêteté intellectuelle contre une liasse de billets en faveur de l’injustice et l’iniquité. Si au moins cela servait une cause noble, cela aurait été acceptable. Mais au détriment des idéaux de justice, cela relevait d’un véritable abâtardissement. Cet algérien ne cessait d’exceller dans la turpitude de sa pensée ; il récidivait du fond de son esprit décadent en assurant que des officiels Tunisiens lui avaient certifié que tout ce qui a été colporté çà et là à propos des djihadistes tunisiennes (djihad du sexe) n’était que manipulation et propagande du régime syrien. Pauvre plumitif ! Que fais-tu de la pauvre Inès ? Elle n’a que quinze ans quand un illuminé salafiste l’embobine. Il l’épouse, l’endoctrine et l’emmène en Syrie participer à sa façon au djihad commandité par tes pourvoyeurs. Cent cinquante-deux nervis qui font partie des sectes terroristes que tu couvres la violent sans merci. Atteinte de sida et enceinte, elle débarque en Tunisie où elle squatte les escaliers pour ruminer sa descente aux enfers. Il contredisait le ministre tunisien de l’Intérieur lui-même. Celui-ci avait confirmé en personne les faits devant les membres de l’Assemblée constituante. En effet, il avait déclaré que des filles revenaient engrossées de Syrie. Finalement et tout compte fait, de quels officiels parlait cet individu ?
— Je comprends ton inquiétude et mesure l’ampleur de ton désarroi. Je connais ce sentiment de peur quand on est ramassé seul au fond de soi-même sans personne autour pour vous secourir. Je connais cet abattement qui conduit inéluctablement à la prostration, car isolé, on ne trouve aucun soutien sur lequel compter ou auquel se confier.
— Oui Yatim, j’étais souvent à plat et j’ai même pensé au suicide. Cela dépassait l’entendement ! C’était infernal !
Walid était gagné par l’émotion et sa voix devenue chevrotante trahissait une profonde amertume. Des choses horribles se disputaient sa mémoire et son esprit, il se tut encore une fois, profondément bouleversé.
— Écoute Walid, s’il t’est pénible de continuer, on arrête et on laisse pour une autre fois, lorsque tu seras d’aplomb et bien préparé.
— Trop de souvenirs m’accaparent en ce moment et m’asphyxient, mais je vais opérer des raccourcis pour laisser place à Mohssen qui saurait mieux que moi tout raconter.
— À ton aise, cher ami. Tu as vécu une étape très difficile et il faudrait beaucoup plus de temps pour tout remonter.
— Je poursuis donc, nous étions destinés à grossir les rangs des factions de « Jebhate Al-Nosra » du côté d’Alep. J’étais très malheureux, vu que je me trouvais par accident dans ce piège qui ne cessait de se refermer sur moi en me broyant les entrailles. Je mourais en silence et à petit feu avec la hantise de subir une dépression nerveuse à tout moment. J’étais vraiment dans de beaux draps, mais la bonté du Seigneur était là ; il me fit tomber malade la veille de notre transfert de l’autre côté de la frontière. Une providentielle intoxication alimentaire me permit in extremis d’éviter le maquis syrien. Je fus admis à un hôpital de campagne où je rencontrai le médecin que voici.
— Oui, je me souviens de cette nuit-là. Très mal en point, on ne donnait pas cher de ta peau.
— Au fait, Mohssen, de quelle région es-tu natif en Syrie ?
— Je suis aleppin de souche, Monsieur Yatim.
C’est la première fois de ma vie que je quitte ma ville chérie et ma belle patrie. Seulement, je m’estime heureux d’être parmi mes frères en Algérie et je pleure ceux que j’ai laissés en Syrie. Mon cœur balance entre ma famille, mes amis et tous les citoyens de mon pays.
— L’exil est une épreuve difficile. On ne prend conscience de l’amour du pays que lorsqu’on a ce regret persistant de la terre natale qui nous cause une certaine langueur, une immense nostalgie.
— Oh, Yatim ! Je donnerais cher pour retrouver mon Alep, cette perle de la vie que l’incurie des uns et l’obscurantisme des autres ont transformée en véritable écurie.
Alep la musulmane fut assiégée lors des croisades, mais ne fut jamais conquise. Cependant, elle dut payer un lourd tribut lorsqu’elle fut complètement dévastée par un terrible tremblement de terre. Cette cité, cinq fois millénaire, subit la crise syrienne dans toute son horreur, parce qu’elle en est le cœur. Sa malchance réside dans sa géographie, parce qu’elle fait partie de cette région limitrophe de la frontière où un certain islamisme déguisé nourrit tant d’hostilité à son égard. Habitée sans interruption depuis le troisième siècle avant Jésus-Christ, elle respire l’histoire de l’humanité entière. À mi-chemin entre l’Euphrate et la côte, elle constitue une voie de choix entre la méditerranée et la Mésopotamie d’où elle tire sa situation de ville stratégique du pays. Classée au patrimoine mondial par l’UNESCO, elle regorge d’une richesse culturelle inestimable.
Yatim savait qu’il ne pourrait jamais retracer l’itinéraire de la cité, car la région a vu se succéder une multitude de royaumes et de dynasties. D’ailleurs, le conflit ou plutôt la guerre qui secoue la Syrie actuelle n’est que le prolongement de cette histoire ô combien profonde, riche et variée.
La belle Alep connut un âge aussi tragique qu’éblouissant en passant d’Alexandre le Grand à Pompée pour rejoindre la période faste de la République romaine avant de devenir musulmane et d’atteindre son apogée. Plusieurs fois prise d’assaut durant son parcours mouvementé, elle dut rendre le tablier au treizième siècle devant la férocité des Mongols qui décimèrent juifs et musulmans. Au dix-neuvième, le canal de Suez, le choléra, la peste et la déliquescence des Ottomans vont se liguer pour sonner le glas pour l’indomptable Alep. Néanmoins, elle tire toujours sa révérence tant que le monde se savonne encore à l’aide de sa formidable invention.
— Incurie ? Ai-je bien entendu, ami Mohssen ? Demanda Yatim après quelques secondes de réflexions.
— Hélas, « si » Yatim ! Oui, tu as très bien entendu. Alep a été victime d’une grande défection des pouvoirs publics, d’un désengagement de l’État au moment critique, d’un délaissement fatal qui a coûté cher à la ville millénaire.
— Ah bon ! À ce point ?
Yatim était un peu au courant de ce qui s’était réellement passé tout au début de la rébellion dans cette partie de la Syrie. Seulement, il avait besoin de confirmer certaines informations compte tenu de l’abondance de rumeurs, parfois contradictoires, circulant à tort et à travers. Il n’était plus aisé de séparer le véritable grain de l’ivraie. En son for intérieur, il refusait de reconnaître ces soulèvements armés comme autant d’authentiques révolutions.
— Le régime syrien est loin d’être démocratique, il ne l’a jamais été du temps de feu Hafez Al-Assad ; il a toujours gouverné par la force, c’est une vraie dictature en fait.
— Écoute Mohssen, la Syrie est à l’image des autres pays arabes, mais avec une certaine particularité cependant. Il faut reconnaître qu’elle a pu atteindre des taux remarquables en matière de développement économique dans tous les domaines.
Elle a réalisé l’autosatisfaction alimentaire et réussi à produire ses propres médicaments en sus d’une percée dans l’industrie militaire. J’ose te rappeler aussi qu’il n’est pas aisé de gérer un État multiethnique et qui plus est, sous-développé. Le cas du Liban est on ne peut plus un exemple frappant.
— Nous aurions pu être mieux développés. Malheureusement, les erreurs d’aiguillage ont beaucoup handicapé le devenir du pays. Les Syriens sont des gens tolérants, simples et faciles à vivre. Dommage que les gouvernants ne soient pas à la hauteur de ce peuple brave et méritant.
— Hep, doucement, l’ami ! Tu me déroutes avec ce sujet, je préfère que nous retournions à nos moutons. Je souhaite que tu m’éclaires sur les débuts des manifestations, sur les acteurs, les meneurs, ceux qui tiraient les ficelles, qui poussaient à l’enlisement.
— Wallah, Monsieur Yatim, on ne peut comprendre le conflit syrien sans parler du régime. Il est la source de tous nos maux. Il a tout fait basculer. Au commencement, ce fut Daraa la martyre ! Les citoyens, manifestant pacifiquement, furent reçus par les balles assassines de la junte au pouvoir, ensuite tout se propagea comme une traînée de poudre aux autres villes et villages du pays.
Yatim savait que Mohssen était sincère. Seulement, la réalité était tout autre et celui-ci était loin de la vérité.
— N’as-tu jamais entendu parler de CANVAS, mon ami ?
— Non, je devrais ?
— CANVAS et OTPOR, moi j’en sais quelque chose, intervint le professeur du fond de son observatoire.
— Alors, dresse-nous un petit tableau pour nous mettre dans le bain, suggéra Yatim à Debouza qui s’étira en émergeant de son assoupissement forcé sous le regard curieux et intéressé de Mohssen.
Quant à Walid, il semblait vivre dans une autre planète. Bâillant à l’enfer, il ne cessait de draguer le sommeil qui l’habitait déjà.
— Center for Applied Non Violent Action and Strategies, connu sous l’acronyme de « CANVAS », dit le professeur, est en fait un « Think Tank » spécialisé en savoir-faire révolutionnaire dont les bureaux sont situés en Serbie. Si vous avez fait attention lors des manifestations au Caire en 2011, vous auriez remarqué que de jeunes Égyptiens arboraient des emblèmes avec un poing blanc sur un fond noir.
Eh bien ! Mes chers amis, cela renvoyait au mouvement de résistance OTPOR dont le fondateur n’est autre que le directeur de CANVAS. Cet organisme offre des cours d’actions non violentes dans le but de déstabiliser, voire faire tomber des régimes autoritaires.
— Qui peut bénéficier de ces cours ? Comment procède-t-on ? Demanda fiévreusement Mohssen qui venait de se souvenir qu’il avait vu ces symboles lors des manifestations égyptiennes.
— Tous les opposants et activistes ainsi que tous les partis dits démocratiques peuvent prétendre à cet enseignement qui est même dispensé à des organisations internationales. Le but vise la libération des masses de la peur nourrie à l’endroit des dictatures. Cependant, il est à noter que CANVAS ne travaille en principe qu’avec des groupes dont l’histoire est non violente.
— Si je comprends bien, les Syriens auraient pu bénéficier de l’aide de cet organisme, puisqu’au départ, les manifestations étaient purement pacifiques ?
— Je vais te surprendre Mohssen ! La révolte en Syrie a été en partie l’œuvre de ce mouvement à la façade anodine, intervint Yatim à brûle-pourpoint. Sache que la CIA ne finance pas OTPOR pour les beaux yeux des peuples opprimés et encore moins les Arabes.
— Oui, je confirme les propos de Yatim. CANVAS a été créé dans le but de fomenter des troubles et d’y injecter des individus formés à cet égard pour encadrer, mener, galvaniser et enfiévrer les foules jusqu’à un point de non-retour. À partir de là, interviennent les groupes spécialisés pour semer le désordre et commettre l’irréparable.
— Dois-je comprendre, professeur, que des gens, manipulés par des services étrangers, mènent des actions au seul but du pourrissement ?
— Exactement, monsieur Mohssen ! Seulement, il faut reconnaître que nos pays représentent des cibles privilégiées pour ces filières bien rodées. Ceux qui nous gouvernent ne perdent pas un instant pour leur donner l’occasion de s’ingérer de nos affaires. Ajoutons à cela l’ignorance et l’inculture de nos peuples qui sont conduits comme des moutons de Panurge, le tableau n’est guère reluisant.
— J’ajoute sans risque de me tromper que tous les réseaux sociaux éparpillés à travers la toile sont loin d’être innocents ainsi que la majorité des organisations non gouvernementales, lança Yatim en appui aux propos du professeur.
— Oui, les forces étrangères ont toujours bon dos. Chaque fois, on colle tous nos maux à cet ennemi éternel. Les Syriens ont tellement souffert de cette dictature innommable qu’ils ont sauté sur l’occasion quand celle-ci s’est présentée. Il ne fallait surtout pas la laisser passer d’autant plus que les conditions favorables étaient enfin réunies : un climat international approbateur et compatissant, une ambiance arabe avantageuse et révoltée, un peuple surchauffé prêt à mourir pour sa liberté. Tous les ingrédients propices à une révolution étaient fin prêts pour une explosion. La Tunisie fut le cordon détonnant, la Libye le détonateur.
— Je te l’accorde, tu as entièrement raison, cher ami. En effet, la faute première incombe à ces régimes mafieux et sclérosés, imperméables à toute réforme. Inféodés à certaines puissances, ils défendent leurs intérêts au détriment de ceux des gens qu’ils gouvernent. Pire encore, ils sont capables de sacrifier leurs populations pour assurer la survie de leurs pouvoirs pourris.
— Je ne te le fais pas dire, Yatim. Ils ont tiré à bout portant sur les manifestants. Les hommes de main de Bachar et ceux du Baath ont commis beaucoup d’exactions. Tu ne peux pas imaginer toutes les atrocités perpétrées contre les personnes non armées sans parler des disparitions, des viols et des violations caractérisées des droits de l’homme. En prison, la torture érigée en dogme est systématisée.
— Je ne crois pas que le régime soit assez bête pour tirer sur les foules à balles réelles, alors que les yeux du monde sont braqués sur la scène syrienne. Je pense qu’il faut chercher du côté des parties qui ont intérêt à ce que les choses basculent en Syrie.
— Mais Yatim, j’ai vu de mes propres yeux des gens blessés par balle que j’ai soignés à l’hôpital.
— Oui, malheureusement ! Les esprits étaient chauffés à blanc et le chaudron était prêt à exploser, il suffisait de mettre le feu pour tout faire éclater. Les ennemis d’aujourd’hui sont les mêmes d’hier. Ils ont réussi à dresser la population, frère contre frère, et à injecter des meurtriers ramenés de la Terre entière, répliqua Yatim d’un ton amer.
— Hé, Yatim ! On ne va pas rester toute la nuit là-dessus. Il faut passer à autre chose, le sommeil s’invite et le temps s’écoule vite, lança le professeur.
— Tu sais, Yatim, au début, il n’y avait que des Syriens qui manifestaient pacifiquement, mais quand le régime a opté pour l’escalade, les gens n’avaient plus le choix. Ils ont appliqué la réponse du berger à la bergère du mieux qu’ils le pouvaient et comme le rapport de force leur était défavorable, ils ont accepté l’assistance étrangère.
— Des mercenaires, oui !
Yatim ne cherchait pas à convaincre Mohssen à épouser ses thèses. Il partait de l’idée que les Syriens avaient d’autres voies que celle de la violence. Ils auraient pu maintenir leur révolte pacifique jusqu’à obtenir gain de cause et réaliser leurs revendications. Malheureusement, ils ont été savamment manipulés pour prendre les armes contre leur pays. On leur distillait un doux poison en leur faisant croire qu’ils combattaient un régime ennemi, alors qu’ils ne détruisaient que leur propre nation en s’entretuant. Certes, le gouvernement syrien est à blâmer en premier lieu. Celui-ci aurait pu amorcer des réformes opportunément et déjouer ainsi le complot.
Le pouvoir en place n’a pas su tirer profit de l’actualité régnant autour de lui ; il aurait pu prendre les devants afin d’éviter toute dégradation et tuer dans l’œuf toute conspiration.
Quant au peuple syrien, il endosse une grande part de responsabilité. À trop vouloir se libérer, il a décrété sa propre destruction. Une partie de la population s’était même alliée au diable pour mettre à feu et à sang tout le pays.
Yatim cherchait seulement à étayer ses idées et conforter ses convictions. Mohssen constituait une chance inouïe, car non seulement il avait vécu réellement les événements, mais était aussi un homme instruit avec lequel l’on pouvait dialoguer. Il venait bien à propos afin de corroborer ou infirmer les informations véhiculées par certains médias lourds et une presse anti-syrienne mobilisée.
— Il faut connaître Alep et ses habitants, Yatim ! Ils sont braves et honnêtes, de vrais citoyens, incapables de trahison. Malheureusement, le pouvoir syrien, aux premières escarmouches, a utilisé toutes ses forces contre les Aleppins sans aucune distinction. Le plus grave, il a livré la ville aux terroristes en laissant les gens se débattre dans un véritable cauchemar. Nous ne pouvions en tant que médecins que coopérer avec l’Armée libre et Jebhate Al-Nosra.
Au début, avant que les brigades étrangères ne s’installent parmi nous, je travaillais à l’hôpital sans contraintes, mais dès que les troupes syriennes évacuèrent les lieux, je fus obligé d’obtempérer aux ordres des nouveaux maîtres.
Je compris qu’il ne fallait surtout pas jouer aux héros d’autant plus que les temps étaient devenus trop dangereux pour les sympathisants de l’autre camp. D’ailleurs, la chasse aux sorcières avait déjà commencé et beaucoup de gens sincères l’avaient payé de leur vie. On m’avait forcé à assister à plusieurs exécutions publiques décidées arbitrairement comme au temps de l’inquisition. On organisait des procès bidon et expéditifs auxquels on conviait les habitants. C’était des spectacles horribles et affreux ! Puis vint ce que je redoutais le plus ! On m’enrôla comme toubib dans une unité de combat nouvellement créée dont les membres étaient en majorité des étrangers…

Benak in Syrie, Enfer et Paradis-2013

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