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mardi 6 décembre 2016

Au revoir Fidel, adieu Castro

Le « havane » incandescent reposant sur le cendrier fumant de mon cœur est amer en cette heure où le temps se fige dans le cadran solaire. Le goût ocre du tabac s’enroule comme un serpent autour de mon âme qui gît sur le hamac d’où s’envolent en volutes éternelles des bouffées d’or et d’argent enguirlandées d’espoir et d’azalée. Fidèle à tes idées et principes, tu as été toujours rebelle aux senteurs du Colorado, car tu portes en toi les gênes de la belle Santiago où Cuba la sublime se pavane comme notre seul et ultime Eldorado. Hé, Castro ! Tu as été un cas triste et de trop pour cette Amérique anticastriste dont l’entrechat ignore totalement le fandango. Je te revois enfant sur le banc de cette école où tu es si brillant malgré le mal et la trahison de celle chargée de ton éducation qui te délaisse à l’abandon au milieu de la faim, du froid et de la peur du lendemain.

Oui, Fidel ! Fidèle à toi-même, tu te rebelles à Dolores contre cet instituteur autoritaire qui te fait fuir le collège où tu fus une lumière face à son alacrité. Ce matin, alors que je sirote mon café, je bois ton enfance que la misère et l’iniquité ont balisée. Oui, le seul bonheur à cette époque-là venait de ton professeur qui disait que tu étais une lumière que Dieu dans sa majesté a créée pour éclairer l’obscurité monstrueuse de La Havane. Il a vu juste Le Père Armando Llorente en prédisant que tu rempliras merveilleusement, de pages brillantes, le livre de ta vie qui se déroule comme un riche tapis juste devant le parvis de notre esprit sublimé. En effet, Monsieur Armando a été un grand visionnaire, car il ne peut oublier alors qu’il était emporté par les eaux furieuses de cette rivière en folie, toi, l’enfant, son meilleur élève, tu lui sauvas la vie.

Oui, mon ami, il fallait être Castro pour dénoncer très tôt les bandits du BAGA au service de la présidence de Cuba et être un homme de droit pour s’élever contre le président Ramon alors que tout autour l’on vivait son adolescence en flirtant sur les airs de la Samba. À vingt-deux ans, pendant que l’on suçait encore son biberon où flottait le drapeau de maman, tu débarquais à Cayo Confite, loin des côtes cubaines, aux côtés de Juan sur les rives dominicaines. Généreux, tu prêtes ta vie à Bogota dans les rues de la Colombie.

C’est à perdre son latin ce langage ordurier américain de bon matin fustigeant un révolutionnaire en le réduisant à un vil dictateur. Détrompe-toi Monsieur Trump et arrête de claironner aux sons de ta trompette des insanités verbales à l’encontre de la moitié de la planète. Malgré ta fortune et tes nouvelles fonctions, ton nom ne peut briller autant que ce monument de la révolution.

Te souviens-tu de Batista ? Ce général a totalement oublié dans sa folie meurtrière qu’il y avait à Cuba un homme appelé Castro qui n’avait ni froid aux yeux ni peur. Cuba sans Castro, c’est comme une rivière sans eau ! Et La Havane sans Fidel, c’est comme une révolution sans rebelles ! Oui, j’entends encore le crépitement des balles à la caserne Moncada de Santiago où tu fus penseur, meneur et guérillero. J’entends toujours le bruit de chaines et de longs couteaux en ce jour malheureux dans la ville de Bayamo et je ne peux que me courber devant le courage du sergent Pedro qui était chargé de te trouer la peau.

Batista a pris avant toi la clé des champs malgré les quinze ans où tu as passé au compte-goutte ta vie en prison jusqu’à cette amnistie qui te mena de Santiago à Mexico où naquit au fond de ton esprit le Mouvement du 26 juillet.

Tiens bon la vague et tiens bon le vent
Hissez haut Mexico
Si Dieu veut toujours droit devant
Nous irons jusqu’à Santiago

Tiens bon le cap et tiens bon Ernesto
Hissez haut Mexico
Sur le Granma qui fait le gros dos
Guevara en compagnie de Castro

Tu es parti en silence en pleine nuit en me laissant parmi des mots qui fuient au milieu de la phrase qui se lamente pour dire les maux qui serpentent à travers le langage. Pourtant, tu as résisté à des centaines d’occasions que la CIA t’a offertes en guise de fleurs chaque saison et aujourd’hui une certaine Amérique te pleure et une autre te maudit parce que tu lui as fait mordre la poussière. Immortel, elle ne pourra jamais t’atteindre ! Ni elle ni ses onze présidents ne pourront s’émouvoir sur ta tombe, car ton ombre les poursuit jusqu’au fond de leur vie faite de ruines et de décombres. Habités par ton spectre et hantés par ton fantôme, ils déambuleront de la Maison-Blanche à la place Vendôme en passant par Birmingham et Amsterdam en traînant leurs âmes déchues comme des chiennes de compagnie que promènent leurs femmes qui se prennent pour des dames aux bras de leurs maris.


Alors que les tocsins résonnent, d’autres sons de cloche carillonnent d’Ottawa à Miami où l’on festoie sans pudeur aucune en laissant éclater sa joie sur le parvis de la bêtise humaine qui se prend pour une église à la mode américaine où des Cubains américanisés, allaités aux Donalds castrés devenus par la force du législateur de vaillants sujets, jappent et aboient plus que le roi qui les a vassalisés.

Je suis en berne à contrario de cette capitale helvétique qui aurait dû répondre à l’appel, mais n’empêche, Fidel, je te dédie tout un pays plein de millions de révolutionnaires qui a été de tout temps rebelle et qui porte le nom de l’Algérie. Je suis en berne comme l’âme de notre président que je salue en passant d’avoir pris les devants de la scène en décrétant le deuil national à toute la population. Je lui suis reconnaissant d’avoir apaisé mon cœur où un incendie ravageur a emporté toute ma raison, car tu es plus arabe que ces Arabes à la con qui manient leur langue juste pour diluer leur venin.

Tu aurais pu être américain de cœur et de peau, tu aurais été investi de tous les pouvoirs et de toutes les faveurs des pays occidentaux. Tu aurais évité ces centaines de complots et ces dizaines de tentatives d’attentats attentant à ta peau. Tu aurais évité ce bain froid à la Baie des Cochons où des chiens plus cochons que des grenouilles sont venus te savonner avec leur lessive sentant le poltron. Mais, faut-il le souligner encore et encore, encore et toujours, qu’il faut être Castro pour prétendre à un héros.

Je ne pleure pas. Peut-on pleurer la bravoure quand elle enjambe les marches du Panthéon ? Pleure-t-on la mort qui s’invite à temps pour immortaliser un lion ? Castro est plus grand qu’une douleur, il est le bonheur suprême de tout homme libre sur cette Terre où les chiens des hommes sont plus hommes que leurs propriétaires. Ramenez tous les drapeaux et souquez ferme, matelots ! Castro en vue, larguez toutes les amarres ! Un canoë à l’eau, je veux boire l’océan, et au moindre atome de ma peau, crier mon lamento.

Tu viens égrener un long chapelet où le bon grain est séparé de l’ivraie dans cette histoire à plusieurs paliers où l’homme ce bipède intronisé à la manière des singes de mon quartier que mon ami Brel aurait dû toujours chanter. Oui, en matière de fidélité tu portes le nom Fidel et cela se vérifie puisque tu rejoins les amis du premier maquis Lumumba, Nasser, Mandela, Chavez et le Che. D’autres, aussi connus, vont te recevoir dans leur jardin en fleurs en passant de Boumediene, Benbella et Arafat à Bolivar et Pancho Villa.


À quatre-vingt-dix ans, tu es parti très tôt en restant dans nos cœurs. Tu vas pousser comme une fleur à la source de notre sang et tu flotteras au mont de notre cerveau où sera accrochée à jamais la hampe de ton drapeau. Tu veilleras comme une lumière sur notre esprit où vacille toujours le feu de notre bougie que le temps ranime de son souffle infini à vie !

Tu es parti sans avertir et sans crier, toi qui as le verbe facile quand tu te mets à discourir. Tes discours se souviennent de tes mots que tu martèles avec ta longue barbe qui pend comme un maquis où se cachent les frères guérilleros de l’Amérique latine venus écouter tes paroles que tu tartines au miel de ton cœur.

Tu es parti vers d’autres amis dont le sang est si cher qu’il a inondé la Terre entière en laissant sur le corps de la vie des traces indélébiles pour rappeler aux imbéciles réfractaires et aux différents détracteurs et à tous les dictateurs que la révolution est tellement noble qu’elle ne pousse que dans le cœur des hommes dignes et fiers et qui ont le sens de l’honneur.

Repose en paix ô père des révolutions et des révolutionnaires ! Il est l’heure de baisser les rideaux à l’extinction des feux et de tous les lampions. C’est à la lueur de ton chemin lumineux et à l’ombre de tes frères de terrain que le soleil brillera sur tous les cimetières de la Terre où il poussera de jolies fleurs annonçant aux hommes de demain que la liberté est tellement chère qu’il ne faut jamais la mettre en danger. Adieu frère d’armes ! Adieu Comandante !


lundi 10 octobre 2016

Abbas de Peres

Alors que sous le regard du Che et de Fidel rayonnants dans leurs portraits trônant majestueusement sur la place de la révolution où des centaines de milliers de Cubains rendaient un dernier hommage au Comandanté, le chef de l’autorité palestinienne présidait impudiquement un congrès. Monsieur est reconduit à la tête du Fatah et par extension de l’OLP qui n’existe pratiquement plus. Par pudeur, il aurait dû au moins différer son investiture à une date future au-delà du deuil décrété par les officiels, frères et amis de Fidel. Il aurait dû impérativement faire le voyage et assister personnellement afin de rendre un dernier adieu à celui qui fut un vrai Palestinien. Faut-il être Romain pour rendre à César ce qui lui appartient ? Monsieur a été reconduit par la majorité des 2300 délégués participant à cette réunion où tous les caciques du pouvoir étaient présents. L’on a l’impression que Ramallah est plus indépendante que Gaza, sinon tout simplement une ville israélienne où Tsahal veille au grain. Oui, les sourires des hommes et des femmes, rasés de près et bien portants, renseignent on ne peut plus sur leur collaboration. S’ils avaient été de véritables résistants, Israël aurait certainement bombardé leur rassemblement.

Yatima, ma sœur ! J’ai peur dans mon cœur et j’ai peur dans ma peau, là où je me retranche quand je suis à l’étroit. J’ai besoin de toi pour refouler mes larmes au fond de mes yeux jusqu’au nombril de mon cerveau où il tempête si fort, un ouragan de mort. Tous mes vœux, mes souhaits, mes espoirs, mes envies, mes désirs refusent de quitter ce cimetière si glacé où l’hiver a pris en otage le temps universel dans ce froid sidéral. Je n’ai plus l’âge de compter mes morts qui balisent mon sort depuis la nuit des temps. Yatima, tu es le seul corridor qui canalise ma douleur et le seul port où je largue les amarres. Je ne pars plus, je reste à quai sur la tune de l’infortune à guetter le vent de la destinée.
— La nuit me fait peur, Yatima.
— Tu m’effraies quand tu me parles comme cela, Yatim !
— J’ai mal à l’intérieur de ma tête. Mes pensées s’entrechoquent en se bousculant à l’entrée de mon cerveau. Le piétinement est tellement dense que je me sens pris dans un grand tourment où mon esprit balance entre l’enfer et le paradis.
— Je te prépare une belle tisane, cela va atténuer tes peines.
— Abbas de Peres et Peres de Abbas, l’un m’embarrasse et l’autre trépasse, mais dans ma déveine, il faut que je passe par le pont de la vie avant que la mort n’enchâsse mon esprit.
— Tu parles d’une marque déposée ou d’un corps inerte et désossé ? Pour moi, le charabia arabe est pareil à la bouillabaisse palestinienne.
— La bourride musulmane est pire que la matelote algérienne qu’on appelle communément la « tchakhchoukha ».
— Non, c’est « tchouktchouka » dans le langage culinaire des ventripotents.

La Haganah lui sort du nez et il n’a qu’à se moucher pour chasser la dignité qui a pris l’identité de la morve palestinienne. Abbas de Peres du côté de la « Mère » Lachaise où la mort israélienne prend la dernière pose du chevalier du sang. La procession est palestinienne le long de ce chapelet infini où l’on égrène les graines de la vie, une à une, jusqu’au dernier cri de la femme en menhir qui pleure et se déchire au nom de la patrie. Le carrosse mondial de miss univers est avancé, et monsieur l’infernal est annoncé ; l’on vient danser sur notre honneur qu’on déroule comme un tapis sous les pieds charognards des tyrans. Quelle est cette école où l’alphabet est plus lâche que la diplomatie ? Celle-ci oblige, l’on baisse son froc et l’on troque le dernier rempart de sa dignité. L’on est fier de faire partie de cette mondanité qui nous détrousse jusqu’à notre honneur qu’elle vend au marché de la bassesse humaine.

Abbas de Peres pleure à chaudes larmes en se tenant le front devant la perte d’un si grand frère qu’il ne verra plus sur cette terre qu’il occupe, lui aussi. L’air abattu, il mouille son visage en cachant ses yeux qui n’ont de regard que pour cet adieu qu’il signe de son cœur. À quelques lieues de la honte palestinienne, un jeune adolescent assassiné par balle git sur le sol ensanglanté par on ne sait quel énergumène qui a eu l’audace de pisser son sang à même la caillasse. Il peut partir tranquille sous l’œil vigilant des vigies de la citadelle empêchant toute hirondelle de se poser là. La vie lui échappe doucement, elle le fuit en giclant de ses veines explosées. Des hommes armés jusqu’aux dents en cercle autour de lui se recueillent en lui faisant de leurs rires insolents et cochons un dernier adieu. Il s’en va dans la douleur et dans la misère, tout seul, sans les siens et sans veillée funèbre, loin de son président endeuillé par la perte cruelle de son meurtrier. Alors que le monde alentour l’abandonne, il voit un Palestinien portant une kippa pleurer le départ ultime de son tortionnaire. Il ferme les yeux sur cette image d’enfer qu’il emporte ailleurs avec un grand mal dans le cœur.

Quelques dirigeants arabes pleurent à leur tour le bourreau de Qana qui est parti très tôt avant d’avoir accompli l’œuvre pour laquelle ils l’avaient mandaté. D’autres assistent aux obsèques du fondateur de la bombe nucléaire de l’Entité sioniste en souhaitant sa résurrection pour finir le travail d’épuration. L’Arabie vient de perdre un père, un frère et un ami. Un boucher, un sanguinaire, auquel le monde borgne et éclopé a offert le prix Nobel de la paix ! Oui, il faut sauver la face devant le monde qui nous regarde et être à la hauteur de ses attentes. L’on ne peut quand même pas ignorer tous ces gens de la high society, la crème mondiale, qui ont les yeux braqués sur nous alors que nous avons les nôtres rivés sur le postérieur, sauf votre respect, des femmes. Accrochés à leurs espadrilles, nous nous plions d’efforts en multipliant les révérences pour leur signifier à l’avance notre soumission.
— He, Yatim ! Tu dors, mon amour ?

Aucune réponse ne vint soulager Yatima. Cela faisait plus d’une demi-heure qu’elle fut réveillée par des mouvements désordonnés de son mari. En effet, celui-ci avait un sommeil agité ; il ne cessait d’émettre des borborygmes qui ont fini par alerter sa moitié. Cependant, connaissant son homme, elle s’abstint de le réveiller.
— Où sommes-nous Yatima ?
Ne s’attendant point à une telle question, Yatima fut surprise et ne sut répondre dans un premier temps. Se ressaisissant enfin, elle réagit naïvement :
— Mais, chez nous, mon chéri !
— Où suis-je, mon Dieu ? Où est passé Peres de Abbas ?
— Préserve-nous du Chaytane le lapidé, au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux ! Il ne manquait plus que ces deux-là ! Ils ont empoisonné ta journée et notre temps et continuent d’occuper ton sommeil et notre lit.
— Il y a trop de cadavres dans ma tête, les enfants de Qana vrillent mes tympans avec leurs cris stridents et fous. Peres de Abbas racle le fond de mon cerveau avec ses mains en forme de truelles bizarres.
— Ce cauchemar n’est plus, mon chéri ! Il a fermé son état civil et a emporté son énorme curriculum vitae avec lui. Il parait qu’il a trouvé un nouveau job, ailleurs ; le Patron lui ouvre tout un palais où la Justice incorruptible est celle du Juste qui ne sommeille jamais.
— Oh ! Comme je me sens bien de me retrouver, là, au milieu de la nuit, chez nous dans notre chambre à l’abri de tous les conflits. J’ai honte d’appartenir à ce monde arabe traître et païen. Le droit du sol détermine-t-il la race ? Ou bien, n’est-ce qu’une invention malintentionnée de l’homme-chien ? Suis-je obligé d’être Arabe et voir les Arabes me tuer par et sur tous les chemins ?
— Tu es un homme au-delà de toute identité, tu es musulman et fier de l’être. Tu es au-dessus de ces bassesses humaines. Tu es un être noble et généreux, ne t’empoisonnes pas la vie avec les stupidités arabes. Tu n’es pas obligé d’être arabe pour faire partie de la Oumma de Mohammed que le salut soit sur lui. 
— Louanges à Dieu ! Il m’éclaire de sa Lumière afin que je n’égare point le chemin de mon destin.
— Veux-tu te rendormir, maintenant ? Je te prépare un verre de lait avec une gousse d’ail dedans, tu vas sombrer rapidement dans le sommeil.
— Non, ne te dérange pas ! Je suis tellement fatigué que je vais vite m’assoupir. Je te rends folle avec moi, avec mes idées et mes réflexions rebelles.
— Arrête de dire des conneries, je suis heureuse d’être tienne. À défaut de lait, je t’offre un verre d’amour.

La nuit s’allonge au-delà du rêve et du cauchemar tous deux alignés des deux côtés de la vie comme de majestueux palétuviers bordant la route aussi dangereuse qu’infinie. Kafr Kacem, Deir Yacine, Sabra, Chatila, Qana et d’autres encore jalonnent notre parcours fait de larmes et de sang par la faute de notre inconscience et de notre ignorance. Là, au fond de la voix, entre la naissance et l’étouffement s’annonce le cri libérateur d’un peuple enchaîné dans les maillons perfides de la peur. Il faut passer outre les règles de bienséance et du bon comportement qui hypothèquent dangereusement le devenir de la nation. Le véritable danger vient de nous-mêmes, de l’intérieur, de cette fraternité née de la fratrie handicapante ! Ce sont nos frères qui mettent un frein à cette formidable machine innée et huilée qui se met chaque fois en marche vers la lumière. Souvent, l’on guérit le mal par le mal et en certains endroits, la solution doit être radicale ! En effet, le constat est amer en terre palestinienne. Il ne faut point chercher les poux ailleurs pour justifier l’état actuel des choses ; il est bête de mettre les déboires de la cause palestinienne sur le dos des Arabes. Tout d’abord, les Arabes eux-mêmes sont dans la mélasse et ont besoin de se libérer. Alors, qu’attendre de pays dépendants, sinon vendus et traitres ? Il est impératif de balayer devant chez soi avant de jeter un regard sur le parvis des autres. Oui, Palestine est doublement occupée, comme la majorité des pays qui se disent arabes. Il ne peut y avoir de révolution sans révolution interne primaire. Une locomotive inadaptée ou essoufflée ne peut mener un train à sa destination finale.

En Palestine, ce sont les wagonnets qui poussent tout le train que bloque la locomotive qui sans rendre l’âme les désarme d’une manière satanique. Jetez la révolution dans la rue, le peuple la prend en charge, avait dit feu Larbi Ben M’hidi. Il y a certainement quelque chose qui cloche dans l’esprit des Premiers Palestiniens ; il ne peut en être autrement. Des adolescents, filles et garçons, à la fleur de l’âge combattent parfois à mains nues ; ils meurent, souvent, assassinés par les sionistes barbares, alors que les vieux se roulent les pouces en flirtant avec la vie. Ceux censés donner l’exemple font tout à fait le contraire, ils collaborent avec les tueurs et les tortionnaires de leurs propres enfants. C’est à devenir fou, ce cinéma de quatre sous !

Abbas de Peres est mort l’année prochaine du siècle dernier. La procession est longue jusqu’à atteindre le Jourdain qui se lamente entre deux eaux pluvieuses et sales qui racontent notre histoire parallèle. Abbas de Peres est parti et en principe nous n’avons plus le droit d’en parler selon notre culture qui interdit de dénigrer un voyageur éternel. Je ne comprends pas les raisons qui poussent les nôtres à s’avilir même devant leurs seigneurs morts. Je n’arrive pas à cerner le mode de pensée de leur esprit perfide et soumis. Le numéro un de l’Autorité, quelle belle trouvaille cette appellation pour réduire la portée tout en offrant un semblant de pouvoir, a demandé à son seigneur l’autorisation d’assister aux funérailles. Pour rendre sa demande recevable, il l’a accompagnée d’un enregistrement personnel où il entonnait le Kaddish. Il a dû éplucher la mémoire pour dénicher le chant de la liturgie juive, la célèbre prière aux morts. En bon élève, il doit surprendre le maître. Il est impératif qu’il apprenne bien la leçon, sinon c’est le piquet qui l’attend.

Il faut être fier d’Abbas de Peres. Il fait partie d’un joli parterre venu de la Terre entière rendre un dernier hommage à un des leurs. C’est un honneur d’être au premier rang dans la cour des grands. Les premiers Américains sont là ! L’ancien Président et l’actuel portent tous deux la kippa, noire de circonstance. L’Égypte, la Jordanie, le Maroc, Bahreïn se passent le mouchoir devant le mouroir qu’ils ont au fond de leurs yeux pleureurs. Finalement, tous les pays arabes sont présents du moment que chaque région a son représentant. Et puis devant la mort, l’humilité est de mise ; il faut laisser les différends de côté. Allah est tellement grand que sa sagesse surpasse toutes les dimensions. Périodiquement, il fait tomber les masques dans le but d’aider le troupeau à voir clair dans sa peau. Les autres dirigeants arabes, ceux qui n’ont pas pu ou eu le courage d’assister vont certainement pleurer le départ de cette Éminence du mal. Ils le feront certainement devant des officiels, ou d’amis proches introduits auprès des Israéliens, qu’ils auront préalablement invités. Quel honneur de jeter un dernier regard sur l’artisan majeur du programme nucléaire ! Les enfants de la première Intifada gardent un affreux souvenir de la répression sanguinaire de ce grand homme sans cœur.

Bill et Barack équipés de kippas sur la tête sont accablés par la perte d’un des leurs et c’est de bonne guerre qu’ils le pleurent, mais le malheur ce sont ces Palestiniens qui exposent leur douleur sans pudeur. Le mont Herzl est aussi éternel que la Terre et il portera à jamais ces instants en sa mémoire pour justement raconter aux générations futures les déboires de notre histoire. Le bras levé en signe d’adieu, Abbas de Peres lance son fameux cri de détresse : Shalom Haver. Ce geste anodin et tout simplement humain efface les mille et un sacrifices de tout un peuple qui vit le calvaire sur sa propre terre. De l’autre côté de la barricade, plus de mille Palestiniens, véritables ceux-là, constituent un vrai cauchemar à l’entité sioniste. Oui, des jeunes, filles et garçons, armés de pierres, de couteaux de cuisine parfois, se lancent à l’assaut de barrages israéliens, de patrouilles équipées jusqu’aux dents de différents types d’armement. Ces gens-là sont malheureusement orphelins d’un véritable organe de révolution. S’ils avaient été seulement dotés d’armes automatiques, ils auraient dissuadé l’ennemi de commettre librement et impunément des exactions et autres méfaits ; ils auraient imposé une nouvelle donne et obligé le monde à les écouter. S’ils sont bien encadrés, avec leur volonté et leur mépris de la mort, ils sont capables de libérer le pays pour peu qu’Abbas de Peres et autres vendus ne viennent pas leur couper l’herbe sous les pieds.

— Ton café est prêt, mon amour ! Tu as dormi comme un bébé après ma liqueur de bonheur.
— Oui, mais Peres de Abbas, la Demoiselle de Signora, le Joubir de Sade, le Corsaire D’Ankar, le Baraké de Ohama, le franco de Holland et tous les charognards de ce bas monde n’ont pas cessé de creuser ma tombe, le long de cette nuit étrange et immonde.
— Oh ! Qu’ils sont méchants ces diables d’avoir interféré dans mon élixir fabuleux. J’ai cru que tu continuais à te gorger de mon vin, même pendant le sommeil.
— Les effets de ton breuvage amoureux ont certainement adouci les faits, autrement tu m’aurais entendu crier mon malheur. Tu as embaumé mon cœur et saoulé mon âme avec ta recette de dame accomplie. Je t’aime au-delà de l’amour conventionnel jusqu’aux prairies paradisiaques de l’irrationnel.
— Abbas de Peres ou Peres de Abbas, c’est du pareil au même ; vivants ou morts, ils ne changent rien au problème. À mon humble avis, il faut d’abord laver les esprits, ensuite s’occuper de Palestine qu’il faut coute que coute reconquérir pour enfin la libérer. Oui, tant que l’esprit d’Abbas de Peres flotte dans l’air, l’on ne peut prétendre à un esprit libérateur. Et puis, il faut être vraiment salopard pour ne pas rendre un dernier hommage aux véritables révolutionnaires qui ont, depuis toujours, porté Palestine dans leur cœur : Malcom x, Mohamed Ali, Che Guevara, Nelson Mandela, Hugo Chavez, Fidel Castro…
— Je t’aime quand tu réfléchis, tu dis toujours des vérités et je partage en entier tes idées. Il est impératif de réaliser une purge générale afin de nettoyer et d’unifier les rangs et décider de se sacrifier pour la patrie avant les enfants et les jeunes de vingt ans.
— Un café au lait bien chaud te remettra les idées en place. Tu as un appel sur ton portable, un certain Meguenni t’appelle.

— Ah ! Il est bien matinal aujourd’hui, il doit avoir quelque chose d’important à me dire. Je le rejoins illico presto à notre place habituelle.
Copyright © 2017 Benaissa Abdelkader

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mercredi 28 septembre 2016

La nuit a horreur du soleil



Nahed, c’est fini ! Relève-toi, mon ami, le chemin est encore plus long pour atteindre le soleil qui tient chaud au cœur. Marchons ensemble, le long de cette rue truffée de danger qui ne fait plus peur. La vie qui nous a longtemps animés n’a plus d’arrière-pays dans ce désert arabe inculte où il ne pousse que des nervis à l’ombre des derviches et des palmiers maudits. Les chiens arabes aboient au passage des caravanes pleines de civilisations humaines arrivées du monde entier pour déguster le thé d’Arabie qui ne se boit plus trois fois comme autrefois. Lève-toi et avance sans donner la chance aux chameliers perdus dans cette énormité catastrophique où l’ignorance règne en maitresse absolue et incontestée. Alors que Yatim clôturait le premier chapitre de cet écrin yéménite, tu es venue apporter ton eau pure à son moulin d’écriture. Tu as tenu à couper l’encre de ses mots à l’eau précieuse du silence douloureux de ton absence. Tu as choisi tôt le maquis et tu as décidé aussitôt la résistance. Le verbe obséquieux s’est mis en berne devant l’altesse et la grandeur de ton silence. Immense est ce legs que tu lègues au dernier moment de ta présence où le jour s’ombre de nuit au carrefour de l’aberrance.

 Nous nous sommes souvent rencontrés sur cette scène universelle où la vie en sentinelle nous insufflait les instants fabuleux de l’existence. Soudain, le temps a tiré les verrous et la porte du ciel s’est fermée de l’autre côté de la vie. Il pleure des années aussi folles que téméraires sur le pays qui confisque tout notre amour. Il pleure des décombres sur le parvis de la justice qu’il faut gifler jusqu’à ce qu’elle se mette debout ! Il pleure sur les hommes pleutres et infidèles de cette lignée royale ô combien déloyale ! Le seigneur des daéchistes est plus efficace que tu ne le penses ;  trônant sur sa lâcheté éternelle, il est plus redoutable que l’obscurité qu’il divinise. Il étale son règne au-delà de la chevelure de l’Arabie, cette femme impure coulée dans les eaux nauséabondes de la luxure. L’imposture aux allures arabes prend une posture des plus dégradantes où la traitrise culmine au panthéon de la déconfiture générale.

Hattar, c’est fini ! Le registre des doléances est fermé définitivement dans cette partie du monde où tout le monde s’amuse avec notre existence. Les nôtres sont ailleurs que sur ce bout de désert où l’arnaque jalonne les oasis scélérates et perfides. Il faut déterrer les mots et tremper le verbe dans la mouture acerbe et conjuguer la mort à tous les temps du langage fatal de l’empire du mal. À quelques encablures, la capitale nabatéenne veille encore sur cette civilisation ô combien humaine. Dressée aux confins des âges reculés de l’histoire et des déserts du Machreq et du Sham, Pétra se suicide au bord du Jourdain affolé par la déraison humaine. Elle se noie dans l’eau trouble de ce fleuve impétueux détenteur de notre mémoire au fil des temps farouches et ténébreux de notre histoire. Pétra résiste toujours face à l’impéritie du temps, des hommes et de la misère, malgré les spasmes douloureux de la terre et les ravages séculaires des pilleurs. Pétra la riche continue de livrer les secrets et la science d’une cité sophistiquée. Oui, Nahed, c’est ici qu’est née une des plus grandes civilisations humaines, là où ton encre rouge arrose les jardins invisibles du royaume antique. La main rouge est aussi nabatéenne, elle est venue de Hégra la petite sœur de la mère Pétra. Là, aux contreforts de la montagne du Hijâz sévit cet esprit dévastateur qui contredit en effaçant d’un trait effroyable la vie. À l’image de l’importante stature du Trésor, tu seras le Khazneh d’un monde nouveau que tu éclaires de ta bonté du fond de ton immensité. L’imam d’Ain-Flane en Algérie est identique à celui de Pétra en Jordanie, venu de Hégra, en Arabie.

Ce n’est nullement un hasard, ce pays situé entre la mer Rouge et la mer Morte, entre le sang et le silence. Cela sent l’encens qu’étale l’Arabie pour encenser la soie Chine épicée au goût de l’Inde. La mort audacieuse se faufile comme un reptile parmi l’art et la culture en fauchant les écritures gravées sur la sépulture de la civilisation humaine. Le temps en témoin oculaire se fige dans sa neutralité séculaire en égrenant la longue litanie, les grains de tous les chapelets, d’un deuil qui se distingue par son universalité. Oui, l’on ne sera jamais seul dans son dernier sommeil, puisque Palmyre encore fraiche actionne les tocsins de la barbarie. Je suis de Palmyre et j’y resterai même s’ils doivent me tuer, avait déclaré Monsieur Khaled Al Assaad, le serviteur des Antiquités de la célèbre cité syrienne. Le Palmyréen et directeur des idoles n’a su déchiffrer les idées folles d’un obscurantisme sidérant. À travers la serrure de notre esprit, le monde nous épie en épinglant sur nos dos arcboutés la liste des damnés condamnés à l’autel de la déchéance humaine. Tu ne seras jamais seul ni le premier ni le dernier. À chacun son tour dans ce monde chacal où le mot devient fatal. Alger se lamente encore de ce funeste décor en comptant toujours ses morts. 

Boukhobza, Djaout, Boucebssi, Liabes, Karima, Fatima, Djebaili, Bouslimani, Merbah, Benhamouda, Boudiaf et tous les autres se comptant par milliers sont autant de piliers à la voute céleste de notre liberté. Monsieur Hatter, je vous invite du côté de Ramka et de Bentalha d’où fusent encore les cris des gens auxquels l’on a ôté la vie en emplissant notre mémoire d’instants maudits. Il parait que tu as la tête dure, mais pas la peau, car tu as laissé échapper toute ton eau, ce jour fatidique. Puissent-ils nos mots atténuer nos maux à hauteur de nos esprits et adoucir les idées qui tuent davantage qu’un fusil. Ce qu’il convient d’appeler de monde arabe se débat continuellement dans une crise culturelle et identitaire et les doyens ne cessent de creuser le fossé séparant une même famille pour asseoir la suprématie de leur conviction totalitaire.



Ce texte a été écrit le 28 septembre 2016

mercredi 20 avril 2016

Monsieur le Président, mon ami, mon maître


Aujourd’hui, en tirant les verrous oxydés de ma porte, je me suis isolé avec ma raison dans la prison mentale de mon esprit où j’ai allumé une bougie. Je m’enferme dans le noir, juste pour voir de quel côté tu vacilles et pour pleurer aussi. Pleurons ensemble, bougie ! Toi, tu pleures ton sang ciré et moi ma vie givrée. Et si le noir te fait si mal, sache qu’il est majorité. Alors, je t’en supplie, pleure autant que tu peux et vacille pour un semblant de vie, un semblant de mort aussi. Et surtout, je t’en prie, ne parlons pas d’amour ici. Il se passe des graves de l’autre côté de la vie. Alors, ne parlons ni d’amour ni celui d’aimer, car l’homme que je suis, malgré les atours, les habits tirés, le nom qui luit, est un tombeau ouvert, dans un désert de folie humaine.

J’ai essayé à maintes reprises de comprendre et d’expliquer, mais la chose est tellement confuse et grise que je confonds l’entrée d’une mosquée avec le parvis d’une église dont on me refuse l’accès, quoique non interdit. Et ce soir, je sens dans le noir à la lumière diffuse que ma bougie est éprise de ma solitude et de ma terrible nuit. Alors, seul avec le bois de mon âme, j’allume mon cœur qui m’inonde de l’intérieur de sa belle lumière que personne ne peut ni atteindre ni éteindre. Je conserve à l’ombre de mes mots orphelins la lettre aurifère de ton image entière et les espoirs prometteurs de notre seul et unique destin. Monsieur le Président qui est le mien, je vous offre mes pleurs pour faire ensemble un bout de chemin. Monsieur le Président qui est le mien, ces vauriens qui vous entourent ne sont que des vautours au pourtour d’Algériens. Monsieur le Président qui est le mien, ces loups usurpant votre nom et votre fonction sont des sauriens au verbe lâche et des reptiles à la perfidie volubile.

Monsieur le Président, mon ami, mon maître, vous m’avez vu naître sous ce drapeau pour lequel nous avons dû nous battre et combattre avec le sang de nos parents. Mon auguste Président, je vous fais une lettre et mon dernier testament pour dénoncer tous les traîtres à commencer par le gouvernement. Je vous ai dit un jour, alors que le feu crépitait au milieu des nôtres qui s’entretuaient au service des autres, que nous sommes minés en dedans. Mon Président, mon maître, je vous fais le serment d’un authentique Algérien, aussi véritable que cette géographie algérienne et ce sang noble qui coule dans nos ruisseaux aussi bleus que nos veines. Oui, mon Président ! Au nom de Dieu qui nous prête la vie, au nom de l’amour qui nous unit, j’écris votre nom, en lettres d’or, sur le front de l’enfant à naître.

Mon ami, mon maître, nous n’avons plus le temps de nous écrire des lettres et de nous dire peut-être avec ou sans raison. Aujourd’hui, les gens sont plus stupides que les bêtes et plus idiots que des blaireaux. Oui, ces maquereaux qui ont plus d’un tour en tête pour nous mener en bateau à même l’océan givré de notre peau. Je pars en guerre contre ces saligauds sans honneur qui salissent notre dignité avec jubilation et alacrité. Monsieur le Président, au nom de tous mes frères morts et vivants pour la patrie, au nom de nos mères qui nous ont enfantés et perdus dans la douleur, au nom de notre noble rang, au nom de la décennie rouge et noire de notre histoire, quittez cette maudite Présidence, ce terrible mouroir.

En effet, je délire les yeux ouverts, car juste à voir votre état, l’on comprend que vous n’avez plus aucun pouvoir. Cependant, je continue à croire que ce n’est pas du tout fini et qu’il reste toujours ce maigre espoir pour sévir une dernière fois. Ma décision est prise, je vais déserter de ma tête et m’enfuir avec mes idées, emporter ma matière grise, loin de mon âme en apnée ; sauver ma pensée du naufrage ; ma réflexion tangue dangereusement et l’eau du marécage s’engouffre jusqu’à ma ligne de flottaison. Oui, les souvenirs bloquent ma porte et il faut que je sorte par le trou de notre mémoire qui veille notre histoire et notre veillée révolutionnaire au chevet de notre gloire. Ce soir, je veux partir à la tombée de la nuit en prenant tous les mots qui ont bon dos en ce crépuscule républicain où je cache mon regard des yeux clandestins qui me guettent comme des chiens.

Ces opportunistes gravitant autour de vous ont fini par creuser votre tombe dans le caniveau sale de leur esprit où ils tressent les masques hideux de l’hécatombe. Ces gens qui font de notre Algérie juste un fonds de commerce, et de Paris, leur patrie où ils ont leurs jolis appartements. Ils articulent en imitant la langue quand elle bute contre le palais, ils ont le pied à Alger et le cœur à l’Élysée. Excellence, je ne vous reproche rien, la maladie c’est comme l’amour, elle arrive quand on s’y attend le moins. J’en veux à ce quatrième mandat et à cette présidence qui vous refusent tout simplement le droit de tomber malade, le droit de partir en convalescence. Ils vous tuent au compte-gouttes dans cette perfusion macabre en vous faisant injecter à petites doses le bulletin de votre naissance.

Excellence, cela fait mal de voir des gens sans éducation ni politesse vous médire à longueur de journée à travers ces réseaux sociaux que les puissants ont inventés pour nous surveiller et nous conditionner. Il ne faut pas les en vouloir, car ils sont loin de la réalité dans leur cervelle d’oiseau où la raison s’est volatilisée. Et ces hommes politiques qui ont inventé la lune en découvrant les Amériques et les Indes réunies qui ne cessent de nous faire du mal par méchanceté, par légèreté en pensant dire vrai, alors qu’ils sont à côté de la plaque. Ils ne font que calomnier en exprimant leur malveillance, parce que vous avez été pour beaucoup dans leur bien-être et leur belle existence. Oui, ils ne sont que des dénigreurs qui décrient à longueur d’heures, qui critiquent par esprit maléfique, qui déblatèrent par folie, déprécient par hystérie, qui persifflent, raillent, bafouent, vilipendent, assaillent, insultent, diffament, imputent, éreintent, maltraitent et démolissent sans jamais reconnaitre ni au moins observer un minimum de respect et de bienséance.
À seize ans, un lionceau parmi les lions, vous avez mené la plus grande des révolutions qui nous fait relever la tête et hausser le ton quand il nous arrive par faiblesse humaine de perdre de notre fierté. À vingt-cinq ans, vous avez été la vitrine qui a rehaussé notre blason à plusieurs crans parmi les grandes nations. À sillonner les rues aujourd’hui, je rencontre cette jeunesse perdue qui éprouve un grand problème au niveau du pantalon qui s’amuse à taquiner leur fessier où se meurt notre honneur. Vous avez écrasé le volume horaire de tous mes amis pilotes réunis en moins de deux années en battant le record absolu du personnel navigant d’Air Algérie. Cela, juste pour réhabiliter le pays aux yeux méchants et complices de l’humanité. Et vous avez réussi ! Excellence, je vous fais une profonde révérence ! Vous avez utilisé votre agenda international d’amis et imploré vos connaissances pour faire fléchir le Club de Londres et celui de Paris pour nous acquitter de nos dettes pendant que leurs services nous aspiraient le sang. Vous avez pris la gageure de ramener la paix en Algérie où l’on se tuait, frère contre frère, pour juste une différence d’idées. À cette époque, certains chefs de partis et d’autres arrivistes avaient opté pour la chaise vide en prenant le bâton en son juste milieu. D’autres avaient tout bonnement quitté l’Algérie. En ce temps-là, l’on avait peur de son ombre et de ses parents et l’on rentrait tôt à la maison s’enfermer. L’on priait Dieu pour que le soleil ne se couche jamais, car la nuit était terrifiante et porteuse de tous les dangers.
C’est juste un rappel pour atténuer cette ingratitude de nos faux compatriotes qui ne cessent d’insulter tout un peuple magnanime et brave et dont la longanimité est proverbiale. Oui, ces gens sont ingrats, ils ne vous pardonnent pas d’avoir troqué votre belle vie dans les pays du golfe contre celle de la présidence comme si celle-ci était un paradis. Ils ne vous pardonnent pas d’être malade comme s’ils étaient dépositaires de leur propre santé. Ces gens sans pudeur ne peuvent en aucun cas respecter la dignité humaine. Qu’à cela ne tienne ! Notre marasme, Monsieur, est d’abord culturel. Nous sommes impolis par définition à l’exemple de nos speakers et animateurs de télévision qui parlent de Sellal comme une patate perdue sur un étal. Un gentil « monsieur » est interdit de séjour dans notre dictionnaire langagier.
Je ne suis pas en train de prononcer votre oraison funèbre, seul Allah est détenteur de votre vie, mais je suis en train de dissoudre dans le verre de mon âme pleine cette déformation professionnelle qui nous mine de l’intérieur. D’aucuns vont alerter la constitution et s’armer des articles de la vacance comme s’il était donné à chacun de vous chasser de la Présidence. Vous savez, comme de coutume, les gens de chez nous croient beaucoup plus le discours de France que celui de notre gouvernement. Cette maladie, j’en suis un peu la cause. Oui, cet accident vasculaire cérébral ne pardonne pratiquement pas et peut entraîner la mort, la démence ou la paralysie. Cette défaillance de la circulation du sang au niveau de l’encéphale est une urgence médicale. Tout retard dans la prise en charge peut s’avérer fatal.

Bizarrement, votre histoire me rappelle celle d’un vieux cheval de trait appartenant à notre district communal. Le char affecté au ramassage des ordures ménagères était tellement lourd que le vieil animal peinait à le faire bouger. Enfant éveillé, j’avais du mal à le voir souffrir chaque jour que dieu faisait. En effet, il était tellement vieux qu’il n’arrivait à faire un mouvement qu’après un effort colossal. L’on continuait à l’exploiter sans clémence ni pitié, alors qu’il aurait dû être mis en retraite et remercié pour services rendus. Le vieux bougre est mort à l’ouvrage accroché au lourd attelage qu’on eut du mal à l’en séparer. Cet être vivant a été surexploité une vie durant, car il n’a pas eu la chance d’appartenir à des êtres humains.

Cependant, je n’arrive pas à comprendre ce bal étrange et pas du tout masqué dans cette Présidence qui a l’apparence d’un véritable musée. En effet, il est vraiment bizarre de voir chaque fois des gens débarqués de l’ailleurs venir visiter comme si vous étiez un spécimen, un phénomène, une chose rare. Quoique je comprenne la maladie, je ne peux quand même penser que vous puissiez être atteint d’aphasie au point de laisser votre entourage disposer à sa guise de votre vie. Êtes-vous obligé de recevoir des maires français quand des ministres algériens se font sermonnés et humiliés ? Êtes-vous obligé de recevoir tout visiteur qui vient à fouler le sol algérien, alors que vous refusez d’accueillir des personnalités et chefs de partis tout à fait algériens ? Vous connaissant, j’en doute fort, Monsieur le Président, car je sais que vous aimez recevoir les gens autant que vous aimez les feux de la rampe. Ces sombres gouvernants, fussent-ils vos frères et amis, vous ont transformé en « homme éléphant ».

Éléphant Man ? Je l’ai vu, il y a de cela longtemps déjà. Votre image, ce soir, me le fait resurgir avec crudité de ma profonde mémoire. Ô comme j’avais détesté la salle de cinéma d’alors, le réalisateur ainsi que le producteur. Je ne pouvais accepter une telle misère humaine, une telle déliquescence d’esprit. Et ces Londoniens, outrecuidants et assoiffés d’exotisme, qui sont venus nombreux satisfaire leur curiosité et leur sadisme, juste pour découvrir et se distraire d’un pauvre hère que la malformation avait rendu bizarre. Oui, Monsieur le Président, cette image de vous hilare et les yeux hagards a dressé ce triste parallèle dans mon cerveau qui refuse, néanmoins, de croire à ce macabre tableau.

L’Algérie est malade, Monsieur ! Je ne comprends pas l’engouement de ce gouvernement à recevoir l’ennemi d’hier, d’aujourd’hui, et de demain, aussi. Oui, la France ne peut en aucun cas être un pays ami, d’autant plus qu’elle n’est plus gouvernée depuis longtemps par de véritables Français ! Une presse libre aurait refusé d’accompagner Valls, dût-il être Premier ministre, ne serait-ce que par solidarité avec le journal et les journalistes incriminés. La France périclite au gré des droits de l’homme qu’elle foule au pied de la Tour Eifel et qu’elle jette dans les flots de la seine comme ce fut le cas avec les bougnoules que nous sommes un certain octobre 1961. N’est-ce pas, monsieur Papon ? Et vous, Monsieur le Chef du gouvernement, n’êtes-vous capable qu’à refuser des « fizas » ? Ne faut-il pas justement ajuster les bretelles à ce con, sinon les lui enlever carrément ? Ne vient-il pas d’attenter au symbole de la Nation sans être inquiété ? Je vous prends au mot, monsieur le phraseur, rappeler à l’ordre le fauteur de trouble par qui est venu notre malheur.


Pouah ! C’est puéril comme décision, puisqu’avec ou sans Le Monde, la presse française était là. Quelle impéritie ! Vous voyez l’arbre, mais ne voyez point la forêt. Valls, avec sa kippa au fond des fesses, ne peut être que malicieux et son coup lâche et perfide ne peut être juste une maladresse. Quant à l’obligation de réserve, il n’en fit qu’une bouchée, car il ne peut être seigneur comme celui qui lui a fait l’honneur de le recevoir ni un preux chevalier accomplissant son devoir. À la place de Sellal, je l’aurais giflé avec le Dey tout entier et que 1830 se répète. À bord de la Goélette, je ne ferai alors qu’un seul pari, celui de prendre Paris avec ou sans castagnettes. Par les sept portes que garde Eifel et par les singes du quartier de Brel, par le bruit confus de Montparnasse, par le silence complice du Père-Lachaise, par les fantômes de la place Vendôme et les bois sexy de Boulogne, je vous défie et vous attends au tournant de la vie et de la mort aussi.

mercredi 13 avril 2016

La tozéducation



La valeur et la renommée n’attendent point le nombre des années ni l’usurpation de fonctions. À chacun selon ses capacités et à chacun selon ses mérites, disait le manifeste. La valeur peut bien s’accommoder des classes, en ignorant leurs différences, qui loin de constituer des blocages faciliteraient bien leur émancipation. Parachuter un sous-officier au rang d’officier, c’est décréter un désastre incalculable et générer un mal incurable. C’était en fait cela, l’incurie qui rendait Mourad taciturne et surtout en proie à une nostalgie qui n’avait d’égal que le désespoir qui le rongeait, en occultant de sa vie toutes les joies qui auraient pu lui procurer un semblant de vie.

Le « caporalisme généralisé » minant les rapports d’une société aux aspirations légitimes créait les conditions de son extinction par procuration. Un peuple sans repères est un peuple voué à la disparition, sinon un peuple tout bonnement désigné à vivre indéfiniment sous tutelle, voire sous administration. Mourad avait horreur de ces gardiens du temple, ces détenteurs de la vérité absolue. Ils s’arrogeaient le droit d’intervenir en brandissant le droit de réponse ou la mise au point pour seulement signifier la chasse gardée du territoire. Ils se targuaient d’être les artisans uniques du bonheur du peuple, celui-ci ne sachant pas trouver le chemin sans leur enseignement et sans leur lumière. Brillants par la bêtise, ils gouvernaient par la médiocrité. Mourad savait que son ambition était en porte à faux avec les idées de la nomenklatura qui l’avait longtemps condamné à n’être qu’un officier supérieur sans avenir. Il n’avait rien à foutre d’un standing de polichinelle où la reconnaissance ne reposait sur aucun mérite, mais sur un seul critère : l’« aplaventrisme ». Il savait que même promu général, avènement d’ailleurs irréalisable, les choses ne changeraient pas d’un iota. Le mal pernicieux avait touché toutes les couches de la société et il était impossible de l’en déloger en un tour de main. Le mal profond avait forgé une mentalité et un mode de vie des plus sclérosées et il était quasiment invraisemblable d’en venir à bout en une seule action.

À bien être positif, il faudrait au moins le temps de cinq générations pour pouvoir prétendre à un changement qualitatif. Mourad savait qu’à l’échelle humaine de la longévité, il ne pouvait espérer atteindre cette hypothétique échéance. Le retard d’une année mis dans la prise d’une décision courageuse et opportune décalait l’issue heureuse de plusieurs décennies. Son pessimisme devenait alarmant, chaque fois qu’il avait à feuilleter un journal. Tous les secteurs étaient malades et le plus gravement atteint était sans conteste celui de l’éducation. La palme d’or de la bêtise lui revenait de plein droit.

Un peuple cultivé est un peuple sauvé, disait le maître. Le niveau matériel ne saurait suffire s’il n’est accompagné de toute une batterie de mesures, avec en tête la culture. Celle-ci est, par excellence, la turbine nécessaire au décollage, la locomotive assurant le remorquage ; sans elle, on ne fait que pisser dans du sable en faisant perdurer le règne de la gabegie et de la déprédation. Mourad savait qu’il ne faisait que dire tout haut ce que les autres savaient et pensaient tout bas.

Les gens prétentieux avaient épousé les idées de Djeha, ce héros du conte populaire qui avait fini par croire à ses propres mensonges. Le souci de certains nantis consistait uniquement à sauvegarder leur fonds de commerce et à racler les fonds des tiroirs, dans l’impunité la plus totale. En mettant la justice au pas, ils avaient légalisé, en quelque sorte, tous les crimes et toutes les injustices. Du point de vue de leur regard handicapé, ils agissaient de plein droit et en toute légalité. Le malheur, ils en étaient convaincus, et comme il est toujours difficile de venir à bout d’une conviction... Nietzsche disait : « La conviction est l’ennemie du bien tout comme le mensonge ».

Leur philosophie décadente les avait amenés à violer le serment et à souiller la mémoire des martyrs ; ils le faisaient sans aucune pudeur. Ils poussaient l’avanie et la bêtise jusqu’à s’y retremper pour mieux vider la mémoire nationale de sa substance, en la minant de l’intérieur. Au nom de la révolution qu’ils profanaient continuellement, ils asservissaient le peuple auquel ils prétendaient appartenir. Il y avait longtemps que Mourad avait tiré son épingle du jeu de tout ce fatras qui ne disait pas son nom. Il avait opté pour une démarche prudente et savante pour élaguer la révolution de ces agassins inutiles et de ces pampres malades qui la chargeaient de tous les maux du siècle. Il s’était juré de toujours respecter le genre et l’esprit humains en vue d’une émancipation heureuse et de porter une aversion adoucie à tous ces héros d’un type nouveau.

Bien sûr, malgré sa mélancolie, il nourrissait quand même un certain espoir, eu égard à tous ces nouveau-nés qui venaient gonfler les rangs d’une population exsangue. Ces angelots et ces chérubins permettaient une réflexion au-delà de tous les indicateurs négatifs qui piégeaient la société. Mourad adorait d’ailleurs un proverbe chinois qu’il avait encore en mémoire et qui corroborait son enthousiasme édulcoré : « tant qu’il y aura des bébés, c’est que Dieu n’a pas encore désespéré de l’espèce humaine ». La mélancolie et la platitude déposaient au fond de son âme une peine indescriptible que seules sa fierté et son humilité empêchaient de transparaître.

Il souffrait en silence, loin de tous les regards, malgré la promiscuité dans laquelle il vivait ; c’était un devoir, plus qu’un principe chez lui, de ne rien laisser paraître. Lorsqu’il était amer, Mourad avait l’impression de boire tout l’océan. Alors, à ces moments plats, il se mettait à poétiser pour s’extirper du mauvais temps.

Extrait : l’amour et le sang

samedi 9 avril 2016

Panama Pa(m)pers

La chose politique est tellement surprenante et dangereuse que l’on se surprenne à s’incriminer, à douter de soi-même. Le nouvel ordre mondial s’installe au forceps en semant le chaos, en cultivant la peur. Tout le monde doit se plier à la volonté d’une poignée de décideurs, d’industriels et d’argentiers détenant la quasi-totalité de la finance mondiale au détriment de la masse humaine.

Assis dans mon gourbi, je feuillette ma vie qui ressemble à un grimoire mystérieux et difficile à déchiffrer. Il n’est point de magie envoûtant mon âme, cependant, il souffle une tornade dans le cagibi mental de mon esprit. L’on vient, par un tour de passe-passe, de forcer les secrets de Son Altesse Mossack Fonseca. Je compulse mes papiers du côté de mon casier où se cacherait un foutu judiciaire. Alors, je me mets à farfouiller dans mes tiroirs à la recherche de ma carte topographique d’identité que j’étale sur ma peau qui prend eau de toutes parts. Oui, comme nous sommes petits, nous voyons toujours grand. Notre infériorité intelligente nous impose la complexité défaillante. L’infirmité mentale de notre corps gouvernemental est on ne peut plus sacerdotale. Le complexe fantomatique d’El-Hadjar, le plus grand d’Afrique, bute sur un moustique syndical qui congédie le géant Mital et il faut toute la magie du pauvre dinar pour lui injecter un semblant de vie. L’autre pachyderme, à bord de son auto, sillonne la route que l’on rallonge à coups de dollars pour le plaisir du chauffard qui grille tous les feux sans crier gare. Nous devons être fiers, nous avons la plus grande révolution au point que ni Le Vietnam ni La Russie ne peut nous égaler. Tiens, je me laisse tant aller que je perds le fil de Fatima, l’Ariane de notre quartier.

Je reviens donc, à notre douar, enfin, notre histoire là où je l’ai laissée. Docile, elle m’attend en exhibant le précieux papier vert et pas du tout maquillé. Je le déplie comme on ouvre un cahier. Je retrouve mon nom qui pleure et mon prénom qui crie et plus bas, à la date, je découvre que je suis issu d’une guerre et à la fin, la signature du chef de Daïra me prouve que je suis libéré ! Vive l’indépendance ! Je suis indépendant soumis à un commis de l’État indépendant et insoumis ! Se peut-il que je fasse partie de tous ces « fuyards » qui brassent des milliards aux frais de la princesse ? Ai-je créé une société off-shore à l’insu de ma personne qui dort dans le corridor sombre de mon corps ? Ai-je détourné des tonnes d’argent au point de chercher refuge dans ce paradis fiscal appelé Algérie ? Peut-être, n’ai-je spolié finalement que mon patronyme qui se rabroue comme un chien trempé dans cet étang fétide et nauséabond. J’avoue avoir peur quoique ce ne soit pas du domaine public et le commun des mortels ne verra que du feu. Il faut être un expert et avoir un œil exercé pour me démasquer au milieu de tout ce fumier. Comme par hasard, l’institution et le fondateur sont américains. De Bernard à Charles les Lewis font bonne figure dans cette comédie dantesque où le divin dollar fait son ascension spectaculaire, à l’enfer des damnés.

Quand il s’agit de consortium, il y a nécessairement du grabuge et celui de journalistes relevant du Center for Public Integrity ne peut déroger à la règle. Femen avec ces femmes qui ont perdu l’occasion et l’honneur des dames nous signale aux tétons de leurs seins que le mouvement est malsain. Il n’y a qu’à débusquer les mécènes pour savoir que ce n’est point du menu fretin. Il se prépare de drôles de révolutions, là où l’ombre de George Soros annonce la couleur de l’équation. C’est un véritable nid de vipères proliférant au sein même de la communauté internationale qui le protège et le nourrit dans le dessein de semer le chaos et dominer le monde. Tous les recalés au bachot de la CIA et du département d’État sont versés dans le journalisme spécifique. Douze millions de documents ! De quoi affoler tous les gros-culs de la planète (dirigeants, industriels, hommes d’affaires, entrepreneurs, joueurs, acteurs, chanteurs et autres genres inhumains) ! Cela promet, cela va péter très fort ! Bien fait pour Médor, il n’avait qu’à ne pas délocaliser ni dormir dehors !

Enfin, je peux dormir les yeux ouverts du moment que je ne suis pas le seul à avoir participer à cette grande évasion fiscale qui fait trembler plus d’un vénal et cupide. L’on distille l’information d’une savante manière au compte-gouttes pour faire cuire les mafieux de tous bords ayant pignon sur rue. Je ris à me fendre la rate en imaginant monsieur le ministre qui avait pris le pli de venir chaque matin le ventre plein de méchoui radoter de ses dettes qu’il avait tantôt contractées pour joindre les deux bouts. Cela s’annonce fort atroce à devoir faire le guet devant les journaux écrits et télévisés à l’affût de la moindre information faisant état de son identité. Douze millions qu’il va falloir passer au crible, la loupe à la main, pour trier le nom de l’ivraie. Le chantage systématique à grande échelle vient de commencer.

Dans cet océan pris dans la tempête, l’on noie tous les poissons, les petits comme les grands, et même celui nommé lambda. À l’instar de l’affaire du juge Fayard ou celle de Mattei, chaque pays a son affaire sale. L’Algérie à l’image des États-Unis a aussi son propre Kennedy. Cependant, le coup fourré « Panama Papers » n’est pas une première dans le monde de la finance et des affaires ; il faudrait remonter un peu plus loin. Ah, Watergate, quand tu nous tiens ! L’Irangate n’est pas tout à fait dissipée et il faudrait peut-être demander à Monsieur Denis Robert qui mena une action intrépide contre l’entreprise Clearstream, à nous révéler ses secrets. À l’Union européenne, les flots furent tellement fangeux que l’on mit des scaphandres et l’on surnage encore de nos jours dans ces eaux profondes et troubles. Notre dauphin Bouchouareb est tellement dynamique qu’il peut flotter en surface et à vue. Néanmoins, certains requins algériens risquent de connaître des nuits, que dis-je, des années blanches, suite à cette météorite échouée sur les plages privées de leur paradis. L’information et la communication sont devenues aujourd’hui industrielles et les médias lourds jouent un rôle primordial quant à l’instrumentalisation de la pensée : une image vaut mille discours ! L’image, même invisible à l’œil, parle au subconscient et de là vient tout le danger.

Enfin, mon esprit reprend ses fonctions normales, car tout ce qui arrive n’est pas tout à fait illégal. Tout dépend des législations des pays concernés. Ce qui fut un moment donné permis au Luxembourg ne l’était pas au reste de l’Europe. Cela renvoie aussi à l’Angleterre et son affaire HSBC. En effet, presque deux cents milliards d’euros auraient transité par les comptes de la filiale suisse HSBC et cette grandiose fraude fiscale aurait concerné plus de vingt mille sociétés off-shore et cent mille clients. Cette fracassante affaire fut connue sous le nom de « Swiss Leaks ». Finalement, l’Union européenne a eu son baptême en matière d’évasion fiscale, puisque « Lux Leaks » est toujours en mémoire. En tout cas, ces histoires doivent faire école afin que la grande masse sache et comprenne la gravité de sa manipulation. Alors, trêve de palabres et que l’on cesse de nous rabâcher les oreilles de morale. Faut-il revisiter « par-delà le bien et le mal » de Nietzche pour comprendre que la poignée de puissants qui gouvernent le monde n’ont rien à faire de cette sottise qui piège penseurs, apprenants, philosophes et professeurs ? Pour ces argentiers décideurs, les valeurs humaines ne sont que chimères ; celles-ci ne servent qu’à maintenir les peuples dans la torpeur. Ils donnent l’illusion d’un certain ordre en surface, alors que dans le fond, ils sèment l’anarchie en faisant régner la loi du plus fort, la loi du chaos. Quant à l’économie, c’est justement la Banque fédérale qui tire les ficelles en arrêtant le plan général de l’action conjuguée de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

Panama est-il un pays souverain ? Son seul tort, c’est d’être un canal à proximité de l’Empire du mal. Il forme le cinquante et unième État de ce Satan mondial. En pratique, il représente sur le terrain l’étoile qui manque à la bannière étoilée. Il n’est nullement sorcier donc de tirer les conclusions qui s’imposent d’autant plus que seuls les États-Unis s’opposent à la réforme du système économique mondial. Ce sont eux qui tirent les ficelles en tirant les dividendes. Le système tel qu’il est conçu leur confère le droit d’intervenir dans les affaires internes des pays. Le dernier scandale de la FIFA est on ne peut plus édifiant ! Aucun pays ne peut interférer dans leurs affaires et encore moins celles internes. La Suisse vient de faire les frais et bien avant, L’Allemagne, La Belgique, La Pologne, pour ne citer que ces pays. Les États-Unis font le gendarme et le policier dans le monde entier. D’aucuns diront que l’affaire « Panama Papers » touche également certains de leurs amis à l’exemple de L’Islande, La France et L’Arabie. Cette puissance ne tolère que des esclaves et parfois des alliés, ses intérêts sont ses seuls amis !

Au fait, et l’Algérie dans tout cela ? Algériens, souriez, nous sommes intelligents aussi. Nous avons notre propre « Alger Leaks », il suffit de faire un petit tour du côté du ministère du Commerce et vous en serez édifié. Chez nous, les gouvernants sont très forts, car ils ont dans le cerveau un gène appelé sponsor. Parrainez une entreprise ou une association et vos impôts sont allégés sinon vous êtes affranchis carrément de l’imposition. C’est juste une question de cooptation, d’affinités commerciales et de corruption.

Pour conclure ce billet, qui n’en finit plus, je dirais qu’il ne faut point s’étonner de voir dans les prochains jours, le retour détonnant de « Wiki Leaks » sur la scène internationale. En matière de stratégie, les puissances se livrent une guerre sans merci. Finalement, je regagne ma sérénité, car ma peur n’a aucune raison d’être et c’est Monsieur Poutine qui me l’a certifiée ; il paraît que son entourage aurait mangé le beurre et l’argent du beurre. Alors, je retrouve ma pièce d’identité si grande et si spacieuse jusqu’à offrir l’hospitalité aux informations me concernant. Je l’ouvre et la déroule tel un tapis volant en espérant bientôt atterrir dans le royaume convivial de la biométrie. Enfin, pour couronner le tout je conclus en disant, sauf le respect que je dois au postérieur de mézigue, que ces « Panama Papers » auraient été bien utiles s’ils avaient été parfumés autant que des « Panama Pampers ».

  

mercredi 6 avril 2016

Le bain de la Jouvence


Curieusement, le nombrilisme est l’invité de marque à cette noce républicaine où l’on sert une daube vraiment nationale. Parmi les convives de haut rang, l’on note, prestige oblige, Monsieur l’opportunisme au bras Madame l’imbécillité extrême. Enfin, l’Algérie accède au Panthéon de la médiocrité sur fond de musique raï et de folklore haut en couleur à partir de cette coupole où l’on pète plus fort que tous les derrières réunis en cette journée immémoriale. L’on rentre de plain-pied dans la civilisation des « zânes » où l’on dispense un cours magistral devant un parterre aussi acquis que conquis. La salle ovoïde, chauffée à blanc au mazout frelaté du langage, ovationne à chaque mot dilaté d’un cloaque dédié à l’ouvrage. Son Éminence rouge et noire, le père de la théorie révolutionnaire, le professeur ayant consacré l’unicité de la pensée et l’uniformité de la langue de bois universelle tance les gens nombreux venus lui prêter allégeance. Cette fameuse journée doublement justifiée est venue à point nommé souffler les amis de Mazafran et réhabiliter un copain d’avant. L’on célèbre par la même occasion la naissance d’un Rambo algérien et la mise en service d’un train amphibie pour une première en Algérie.

Le ton est on ne peut plus solennel ! L’amour de la patrie passe nécessairement par celui du président. Pour aimer l’Algérie, il faut aduler ce dernier. En donnant de la voix, ils braillent très fort et dans leur euphorie, ils oublient qu’ils font du tort à la personne qu’ils adorent. L’on ne parle que de lui, l’on ne vit que par lui, le messie du coin qui leur enjoint de se taire, au nom de la vie. S’ils n’avaient été si imbéciles, ils nous auraient au moins appris le langage des signes et à lire sur les lèvres. Nous aurions déchiffré tous les discours en prime des baisers. Cependant, n’ayant nul besoin d’une parole, il suffit à son excellence juste de penser. Tout le monde se met au diapason du roi et gare aux brebis galeuses qui auraient le malheur de ne pas apprendre la leçon. La sagesse recommande de lui accorder le repos du guerrier, mais quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt, selon un brillant adage.

Curieusement, l’on avance le carrosse de madame ! Bizarrement, l’on annonce un monsieur qui avance d’un pas sûr et mesuré. Ainsi aurait parlé Zarathoustra en faisant titiller l’esprit de Nietzche en prenant à la gorge la femme et la vérité. Le véritable homme n’aime-t-il que le danger et le jeu ? Le jouet est-il féminin singulier ou masculin pluriel ? La dialectique du loup et de l’agneau conduit-elle à la Cité idéale sous cette coupole où l’on ravisse la renommée à tous les chiens de Pavlov et de la bergerie. Sonnez les cors ! L’on déclare la chasse ouverte aux trésors. L’Algérie des paradoxes se met à l’heure de l’intox et du faux bilan provisoire. L’on atténue l’invocation et l’on invoque les circonstances à l’honneur de la virginité de son excellence qui convole en noces bizarres.

Cependant, non loin de ce canular, l’on récite à l’école de la rue, les enfants et le procureur auquel l’on a mis un habit plus grand qu’il se fit tout petit. Sentant sa mort prochaine, le laboureur dit au procureur de la République algérienne, ne travaillez point avec tant de peine, cela ne sert à rien de suer, à chaque mouton suffit sa laine. Panurge n’est pas très loin et cela est urgent de décanter les esprits avant que le ciel ne moutonne ; il est déjà vache, pardi !

À Mazafran, ils se la coulent douce les gars de l’opposition en brandissant des gants de velours. C’est à devenir fou de voir ces messieurs parader dans les couloirs de la République en mangeant dans le même râtelier des gens qu’ils critiquent. Anciens chefs de gouvernement et autres députés qui ne juraient que par le président se retrouvent parachutés à la manière des loups dans la jungle des sourds-muets. Leur plan, paraît-il, est meilleur qu’un avril donnant plus de blé dans ce printemps arabe de terre brûlée. À leurs voix atones qu’ils entonnent en chœur, ils carillonnent aux sons et lumières qu’ils ont inventé une nouvelle Algérie : la leur. Ainsi va l’eau à la cruche dans ce bled de derviches où le peuple est le seul et unique mouton.

« L’intime ministre » selon la lettre arabe « Khalil » vient de jeter son dévolu de nouveau sur l’Algérie qui se plie en quatre pour le recevoir avec tous les honneurs, pourtant, il fut à l’origine d’une catastrophe évitée de justesse grâce à l’intervention de feu son excellence Hugo Chávez. En effet, tout le monde se souvient de la fameuse loi avortée par le Président de la République au dernier moment sauf ces messieurs, ces caciques du pouvoir qui défient jusqu’à notre mémoire. Soit ! Monsieur n’est point un voleur quoique ce soit à la justice de se prononcer, pas au quidam du coin qui débarque du train qui n’a jamais quitté une gare. Moi, l’habitant de mon cœur où vit l’Algérie, je ne suis pas sans savoir qu’il a sérieusement mis en danger le pays et les générations entières, celles d’aujourd’hui et celles de demain aussi. Il a commis une faute tellement grave qu’elle est irréparable, dûtes-vous ameuter toutes les raisons du monde. C’est tellement indélébile comme péché qu’il est strictement impossible de le laver.

 Tout d’abord, il faut un bain de foule juste le temps de noyer le poisson et ensuite passer aux choses sérieuses : L’Algérie, paraît-il, court un danger véritable au niveau des frontières au point que même l’opposition se mette en rang serré ! Alors, que fait-on des loups ? Ceux-ci sont à l’intérieur juste sous notre balcon républicain. En tout cas, c’est de bonne guerre toute cette armada déployée au service de l’amour de la patrie qu’on ne cesse de trahir à coups de traîtrise répétée. Il paraît, qu’il faut gueuler plus fort pour faire accroire à l’amour dans un pays qui peine à se relever et où la population jeune est commandée par de séniles idiots et imbéciles. Les Algériens sont-ils des canards sauvages pour les canarder à longueur de temps avec de vils commérages ?

Les loups se mangent-ils entre eux dans ce village où la vertu se fait détrousser par une assemblée abêtie à toute heure de la journée ? Le bain de la Jouvence passe-t-il nécessairement par le lavage de notre esprit ? Non, je ne peux cautionner un tel délire où l’on travestit la vérité dans le dessein de perdurer et je ne peux cultiver le pardon pour absoudre Satan. Faut-il être perfide et lâche pour vous plaire ? Allez, c’est décidé ! L’on taille les discours à la mesure de l’imbécillité et l’on ordonne au tambour de battre le pas cadencé. L’Algérie fière avance dans le sens contraire de l’évolution et il faut rejouer la note en Ré mineur pour harmoniser la partition. Les mauvaises herbes ont la vie dure autant que les langues dont le verbe est d’un bois vert et impur. La nouvelle constitution doit arrêter, à soixante-cinq ans, l’âge de la déconfiture. Cependant ces messieurs de la nomenklatura sont tellement sûrs qu’ils prolongent la vie au-delà de la quadrature du cercle. N’ont-ils pas inventé le quatrième mandat en souillant la vierge constitution ?

Du bain de la coupole au bain de Mazafran, l’on débouche carrément dans le bain de la démence en invoquant les chouyoukhs et les Esprits saints de Bennahar, la capitale spectaculaire de Djelfa. Ici, à base de l’alfa, l’on rafistole les hymens des garçons ayant trop forcé sur l’alcool prohibé. Ici, le sable, poudre et or, s’enroule comme un serpent autour du cou fragile de la vérité que l’on baptise afin que Monsieur retrouve sa virginité qu’un procureur pervers aurait prise, un certain soir où le rêve se transforma en cauchemar. Ci-gît la vie, au-delà du mausolée de la révolution, où l’esprit tangue de raison en raison, un radeau de fortune emporté par les flots fous d’un océan habité par les démons.

Le monsieur s’est servi durant la révolution, à l’ère de Boumediene et durant le règne du Président Bouteflika auquel il fit une entourloupette à l’image d’une piètre galéjade le soir d’une aubade au bal de la république planétaire. L’Algérie est tellement vaste qu’elle ressemble à un continent et tellement riche qu’elle donne à celui qui est chiche. Quant aux braves, ils fument le calumet de la paix en sirotant du thé à l’ombre d’un palmier épris d’une oasis. L’on retourne à l’âge de pierre en ce temps de vache laitière aussi maigre qu’un gringalet. Oh, mon Dieu quelle misère, ce paltoquet ! C’est à l’aune de la zaouïa que l’on jauge de la teneur des gens comme au temps des lupanars et de la virilité des garçons. Au suivant ! Au suivant ! Au suivant ! aurait dit une ombre venue d’un plat pays qui est le mien. Allez, silence, on tourne ! Oye, bonnes gens ! Il faut encenser les lieux et invoquer la diligence des saints patrons pour que réussisse le bain de Jouvence. La zaouïa se met à l’heure de la confession et l’on rachète l’homme de la tyrannie du péché pour lui rendre sa liberté à hauteur de la rédemption. Puisque la zaouïa se substitue à la justice et à la Présidence, alors autant nommer les petits chefs zaouïs en walis et le grand zaouï en Président. L’on rebaptise aussi le village en « dachra », la ville en « ksar », le pays en gourbi, le peuple en « ghachi » et les gens en « maouachis ». C’est beau, le retour aux sources ! Vive la Ripoublique !