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mardi 14 mars 2017

Romans

Le printemps de Damas




Imaginez une femme belle comme le jour entre les mains d’une centaine d’êtres aussi vils que cannibales et qui n’a que sa douceur et sa générosité pour lutter contre cette chose animale. C’est le cas de cette belle Syrie qu’on assassine du matin au soir et qu’on démembre à coups de folie meurtrière sous le regard torve des Nations Unies. En effet, ce monde chacal, où culmine la bêtise humaine, terrorise, assassine, déracine un peuple entier dont le seul tort est d’être syrien. Ce n’est ni une crise ni un conflit interne, mais bel et bien une agression programmée par la plus grande puissance, malheureusement cynique et amorale. Impérialiste, expansionniste, terroriste et barbare avec une doctrine reposant sur l’intervention et le massacre, elle constitue un danger grave pour la paix universelle. Sans pudeur aucune, elle chapeaute une douzaine de pays qu’elle appelle les amis de la Syrie alors qu’ils constituent ses pires ennemis dans le seul but de détruire ce pays, le berceau de la civilisation humaine.
Les éternels suppôts, j’ai nommé, La Turquie, Le Qatar, L’Arabie et La Jordanie se dépensent à qui mieux mieux jusqu’à se surpasser dans leur hostilité. Les faux Arabes excellent dans l’art de la haine et de la destruction. Plus royalistes que le roi, ils déploient leurs efforts et moyens pour attenter à l’honneur arabe en réduisant à néant la citadelle de sa dignité. Ils mènent une sale guerre par terroristes interposés en décimant la population par des actes vils et monstrueux.
Ces États, coupables de crime d’agression, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, devront un jour rendre des comptes. Yatim dénonce les « amis de La Syrie » d’avoir reconnu le Conseil National Syrien et apporté leur soutien à la rébellion armée. La majorité de ces pays ont permis la mobilisation de toute la vermine allant du bandit au terroriste pour semer la terreur en Syrie. Des prisonniers affranchis et des mercenaires alliés aux terroristes de tous bords sévissent en Syrie en commettant les crimes les plus abjects et les plus abominables. Cela va du kidnapping à la détention illégale, de la décapitation au lynchage, de la lapidation au dépeçage, de la crémation au gazage, de l’assassinat au meurtre, du viol à l’éventration, de la torture à la liquidation, du massacre au carnage, de l’écartèlement à la défenestration, des exactions aux exécutions sommaires, de l’ethnocide au génocide.



Tiguentourine 


Tiguentourine, une contrée perdue dans l’immensité saharienne et jusque-là anonyme, est soudain projetée au-devant de la scène internationale. En effet, par un terrible concours de circonstances, elle va entrer de plain-pied dans les annales de l’histoire humaine. En ce jour du 16 janvier 2013, un groupe terroriste des plus sanguinaires sévissant dans la région du Sahel décide de mener une opération d’éclat en guise de représailles contre l’Algérie. Effectivement, une faction extrémiste dépendant d’Al-Qaïda et activant sous l’appellation de « Les Signataires par le sang » attaque l’usine de gaz de Tiguentourine située à une quarantaine de kilomètres d’In Amenas. Le raid est aussi rapide que dramatique et les terroristes lourdement armés réussissent à prendre en otage beaucoup de travailleurs étrangers.
Trois jours durant, la terreur habite les lieux et les cœurs. La douleur s’affranchit des frontières, des océans et des mers pour marquer à vie des familles entières. Des Japonais, des Anglais, des Français des Philippins et autres citoyens du monde se retrouvent rassemblés par décret suprême sur ce bout de désert qui va sceller leur destin définitivement. L’opération a duré quelques jours seulement, mais c’était une éternité d’angoisse, d’appréhension, de peur, de crainte, de hantise, de panique, d’horreur et de psychose. Dans ce cauchemar de fin du monde, alors que la terreur se généralise, dans un élan tout à fait spontané, la solidarité s’organise. Certes, le bilan est lourd, mais il aurait pu l’être davantage n’était l’intervention appropriée des unités spéciales de l’armée.
Ce roman a été écrit juste après les événements qu’il raconte. Il fut plié une première fois en France sous le titre de « In Amenas à pile ou face » : dépôt légal 4ème trimestre 2013. Il fut retiré de la vente suite à la résiliation du contrat à la demande de l’auteur.

L'amour et le sang



L’amour et le sang est l’histoire d’un amour aussi violent qu’impossible, une passion délicatement vécue par des protagonistes minés par leurs propres humeurs imprévisibles et souvent contradictoires. Le tout dit, parfois à demi-mot, d’autres avec une telle rage que le lecteur peut se sentir pris de vertige entre la noblesse de l’amour et la bassesse de la haine. Un manichéisme à l’image des Algériens qui ne connaissent pas les demi-mesures. Ce roman n’est pas seulement un roman d’amour sur fond de terrorisme, mais surtout un style d’écriture qui puise son originalité dans la sensualité de la phrase qui laisse couler sa métaphore ou lever sa vague comme seul un authentique poète sait le faire.
Au-delà des murs de la conscience où s’érigent les frontières de l’ordre établi et de la culture séculaire, le cœur essaye de faire valoir ses raisons en adoptant, à tout jamais l’école buissonnière. Dans un pays où sévit la guerre civile et incivile à outrance, l’amour s’avère être le seul rempart contre la sauvagerie.
En dépit de sa majorité et malgré son statut de femme mariée, Mounia semble toujours allaitée au biberon de l’innocence .Sa vie, jusque-là paisible et pleine de charme, va basculer dans un terrible drame atteignant des proportions de folie. En effet, par un concours de circonstances des plus surprenants, elle fait la connaissance de Mourad, un homme forgé dans l’adversité et la souffrance. Ils vont connaître un amour aussi fou qu’empreint de douce poésie. Cependant, évoluant dans une ambiance de terrorisme, ils vont boire à petites doses le vin acide et amer de la déchéance en entamant la descente aux enfers dans la spirale de la violence. Toutefois, dans un pays mis à feu et à sang par la horde sauvage, ils ne trouvent que leurs cœurs comme ultimes territoires où, à l’abri de la mort, ils cultivent leur douce romance.

Les enfants de Gaza



J’entends le Jourdain dévoiler le secret aux montagnes préhistoriques de part et d’autre de la riche vallée au-delà de l’âge fou de Sodome et Gomorrhe. Je revois la splendide Haïfa où mon cœur fêlé mouille ses premiers pleurs et les pieds dans l’eau, je respire cet air doux et éphémère des senteurs lointaines de la mer. Sur le sable blond de mon imagination, je dessine la fière Galilée où mes rêves éperdus courtisent l’espoir au firmament bleu des horizons enflammés. La raison, déroutée par la chevauchée fantastique des siècles fabuleux, bivouaque à l’orée du lac Tibériade où mon esprit taraudé s’éprend de la richesse immense de la belle Phénicie. D’Akka à Naplouse, où mon cœur, plus musicien que le vent, accorde ses violons sur le formidable mont de Carmel surplombant la baie superbe de Haïfa. Je déplore Al-Qods la source de mon sang où mon âme se régénère en écoutant la psalmodie du temps raconter l’histoire millénaire d’une terre aussi précieuse que sacrée. La Palestine antique et séculaire se plaint de la morsure indélébile du temps et des idées imbéciles de ses garçons encore adolescents. Je t’aime de cet amour vrai et profond, de celui qui unit une mère à son enfant.


 He, monsieur Fatah ? Tu ne m’écoutes plus ? Tu es au courant de tout cela ? C’est grave, monsieur ! Cette résolution concerne les agressions successives contre le territoire de Gaza et les massacres perpétrés contre la population. Cette Entité est tellement certaine de son immunité qu’elle défie le Monde. Tu n’es pas sans savoir qu’elle détient tous les pouvoirs pour nommer et défaire les présidents, les directeurs, les procureurs… Elle compte sur un lobby très puissant agissant au niveau des centres de décisions à l’échelle planétaire.
Que t’ont rapporté les vingt ans de négociation, monsieur le négociateur ? Sais-tu que tu induis les Palestiniens en erreur en leur faisant accroire qu’ils peuvent recouvrer leur liberté et leur indépendance juste en papotant ? Tu leur apprends une tout autre dimension que celle de la révolution !


 Oui, monsieur, la résistance est une culture qu’il faut entretenir contre vents et marées jusqu’à réussir. Israël étant un dissident permanent faisant fi du droit international, de la Charte des Nations Unies, et de plus de deux cents résolutions adoptées à son égard, comment arrives-tu à lui accorder un tel crédit ? Le plus beau et là où le bât blesse, c’est toujours toi qui l’invites à table alors que lui est récalcitrant. C’est souvent toi l’initiateur de pourparlers vides et inconséquents, mais terribles et dangereux, car ils hypothèquent gravement le devenir palestinien. Depuis sa création, Israël est coupable de plusieurs agressions perpétrées contre des pays souverains. Il viole continuellement les espaces aériens d’États indépendants sans être inquiété outre mesure par la communauté internationale. Il compte à son actif plusieurs massacres élevés au rang de crimes contre l’humanité. Avec tout ce funeste palmarès, comment continues-tu à négocier avec un État tout à fait terroriste ?
    Monsieur, la Palestine est plus grande que toi, que ton maudit parlement, que tes opportunistes ministres et tes enfants réunis. Au fait monsieur, les tiens sont-ils au maquis ? Et pardon encore, j’aurais dû commencer par-là ! Sont-ils palestiniens ? Pour ta propre gouverne Nassr-Allah que tu n’aimes pas a perdu un fils au combat en première ligne du front. Et si le tien prenait les armes ? Et s’il se faisait exploser en plein cabinet israélien ? En effet, je délire, monsieur, car ton héritier ne peut être un guerrier. Il est plutôt prédestiné à être un brillant entrepreneur. La guerre et la mort sous les décombres sont pour les autres, de l’autre côté du rideau de fer et de feu que tu attises avec ton souffle permanent. Je ne comprends pas ta ténacité à déployer tous ces efforts pour finalement accoucher d’un pétard mouillé. Est-ce de l’inconscience ?


     Comment arrives-tu à faire confiance à un État voyou qui ne recule devant rien pour te damer le pion chaque fois qu’il le juge nécessaire, et ce, même quand tu ne lui donnes pas l’occasion ? Vous formez une belle paire, toi et ton grand négociateur dont l’esprit est tellement acrobate qu’il manie le verbe dans tous les sens, sauf dans celui de l’indépendance. L’adepte de la négociation par la concession renvoie à cette femme qui se défait de ses habits pour vendre sa vertu au marché de la connivence et de la prosternation.
     Pourquoi vous entêtez-vous à vouloir coute que coute négocier ? Lorsque votre vis-à-vis vous coupe l’herbe sous les pieds, vous trouvez toujours un moyen pour le ramener à la table quitte à vous aplatir devant ses seigneurs pour qu’ils l’incitent à venir accepter un nouvel octroi. Il parait que vous êtes expert en matière de distribution de dons. À chaque round que vous sollicitez, vous concédez un autre territoire. Vous vous prostituez en appelant cela de l’art, de la diplomatie. Par vos pourparlers négatifs et désolants, vous avez transformé la Palestine en peau de chagrin et les quelques espaces encore palestiniens en bantoustans, en immenses prisons à ciel ouvert. Après la guerre de six jours, la Palestine conservait quarante-huit pour cent de ses terres. Aujourd’hui, elle n’en compte que vingt-deux pour cent, étalés en ilots séparés par des colonies, des langues étrangères. Au final, nous avons au menu trois enclaves hissant pavillon palestinien.


    Monsieur Fatah, pourquoi cette obstination à courir derrière un mirage en développant un discours sirupeux et lénifiant après tant d’années d’incurie dans le domaine des tractations ? Tu ne fais qu’endormir et leurrer ton peuple en lui faisant miroiter une issue heureuse. C’est une lourde responsabilité que tu endosses face à l’Histoire! Alors, pourquoi t’obstines-tu à commettre l’irréparable ?


samedi 11 mars 2017

De Genève à Astana

L’Organisation des Nations Unies ne cesse de descendre très bas en soutenant souvent l’État voyou qui fait fi de toutes ses résolutions. En s’alignant continuellement du côté des puissants, elle enfreint sa Charte et le droit international. Son revirement spectaculaire face à L’Arabie est plus qu’édifiant en ce sens qu’il démontre, preuve à l’appui, le flagrant parti pris. Elle vient de racler les bas-fonds nauséabonds de la supercherie en admettant dans ses couloirs des terroristes notoires. En effet, son représentant Staffan de Mistura a convoqué des membres d’Al Nosra pour débattre du problème syrien et trouver une solution. En suivant cette logique et selon l’esprit et la lettre de la résolution 2253 de 2015 condamnant les suppôts du terrorisme, cette Organisation elle-même tombe sous le coup du chapitre VII. Vraiment, c’est à perdre son latin dans ce dédale onusien qui ne dit pas son nom.
Bachar Al Zoubi


 Autre chiennerie politicienne à mettre au palmarès de cette auguste Organisation est cet hommage déguisé rendu aux terroristes à partir de la tribune genevoise. Les casques blancs oscarisés n’ont pas trouvé mieux que la société des oscars en l’occurrence Hollywood pour les sacrer et consacrer et le chef du Haut Comité des Négociations pour les remercier en faisant leur apologie au sein même de l’ONU.

Le gouvernement syrien est-il si imbécile pour accepter un tel affront ? Les Russes sont-ils de connivence avec les Américains pour faire passer la pilule au reste des participants ? L’ONU est-elle mandatée pour laver les uns afin de permettre une véritable solution ? Ce qui est clair apparemment, ce sont les Russes qui mènent le bal et la situation est tellement complexe qu’ils sont obligés de lâcher du lest pour aider certains pays à s’aligner. Le conflit syrien n’est ni local ni régional, il est international en ce sens qu’il oppose deux Titans.

Malgré ses forces, ses terroristes et ses suppôts dans la région, L’Amérique n’a pas atteint ses objectifs. Pire encore, elle a perdu plusieurs de ses cartes maîtresses et du terrain que ce soit en Irak ou en Syrie. Cependant, comme elle dispose de plusieurs plans, elle n’est pas vaincue pour autant. Les Américains viennent justement de déployer une batterie d’artillerie dotée de canons de 155 mm d’une portée de tir de 45 kilomètres pour appuyer les Forces Démocratiques Syriennes, lors de l’offensive sur Rakka. Pour souligner ce déploiement et marquer leur territoire, ils agrémentent les véhicules blindés de bannières étoilées qu’ils font parader à Minbaj devant les caméras de télévision. Les Américains n’ont aucunement l’intention d’arrêter la tuerie en Syrie. Ils ne sont-là que pour se réserver une place autour de la table des négociations en cas de triomphe de l’armée légaliste de Syrie. Ils n’ont absolument pas besoin de déployer une armée pour vaincre Daech et compagnie. Il suffit d’un ordre du Président américain pour que la situation se règle en un rien de temps ! Daech et Nosra ne cibleront jamais les unités américaines en terre syrienne. Ce ne sont pas 1000 soldats qui vont réussir là où toute une armée lourdement équipée peine à avancer.

Aux dernières nouvelles, l’on vient de signaler le repli d’Abou Bakr Al Baghdadi qui a quitté Mossoul pour une destination inconnue. Comme la prise de la ville est imminente, les Américains l’ont aidé à changer de territoire et Rakka est tout indiquée pour le recevoir. Les Iraniens et les Russes ont déjoué tous les plans américains et il ne reste aux mains de ces derniers que les deux bastions terroristes qu’ils maintiennent sous perfusion. Il ne faut point s’étonner d’entendre les Américains annoncer que leurs troupes ont finalement eu raison d’Al Baghdadi. Dans ce climat d’hypocrisie internationale généralisée, les nations dites musulmanes dénaturent en long et en large l’Islam auquel elles s’apparentent en tissant clairement des alliances avec l’Entité israélienne. Aucune pudeur n’est observée, au contraire, elles s’en vantent dans un mépris total pour la résistance et les pays dits de confrontation ou n’acceptant pas la « normalisation ».

La Turquie ne sait plus sur quel pied, j'allais dire pays, danser. Cependant, elle continue sa danse macabre sur le dos des Syriens qui n’arrivent pas toujours à séparer le bon grain de l’ivraie. Astana prend la relève de Genève ou plutôt la supplante, car c’est le terrain qui conditionne les pourparlers. La Jordanie prend le train kazakh en marche aux côtés de la Turquie pour éviter, semble-t-il, les retombées négatives d’un arrangement spectaculaire. Cela suppose sans aucune ambiguïté que ces deux pays ont reçu l’aval de leurs parrains respectifs à savoir l’Arabie et les États-Unis. Assise sur deux chaises diamétralement opposées, la Turquie risque un écartèlement des plus édifiants en la matière. Une implosion est presque certaine de ce pays qui s’enfonce davantage en pataugeant dans ce sinistre marécage. Les actes terroristes vont redoubler de plus belle dans toute la géographie syrienne et surtout dans les villes importantes comme Damas, Homs, Deraa… Oui, la situation va connaitre une recrudescence pour tendre enfin vers une accalmie certaine pour ne pas dire définitive.

Si les États-Unis jouissent encore de supériorité, ils n’ont plus, hélas, cette suprématie qui faisait d’eux les seuls acteurs sur la scène internationale. L’avancée spectaculaire de la Russie en matière de technologie militaire n’est plus à démontrer et les Américains sont bien placés pour le savoir. La percée en matière de guerre électronique, les armes subsoniques et les canons à laser sont là pour attester des nouvelles capacités de l’armée russe et son efficacité. Lors de la prise de la Crimée, un destroyer, le fleuron de la marine américaine, a été survolé par 2 SU-24. Son arsenal de détection n’a pu détecter les deux avions malgré leur grand signal radar. Au début de l’intervention russe en Syrie, tous les pays de l’OTAN n’ont pu remarquer le survol de l’Europe par une cinquantaine d’appareils. L’Europe a peur de la Russie d’où le chantage de Trump.

Quant à l’Iran, ce pays musulman a su déjouer tous les complots pour ne pas tomber dans le piège. Si les menaces de Trump sont sérieuses, elles ne sont pas, cependant, nouvelles. l’Iran a pris toutes les mesures qui s’imposent pour apporter des réponses opportunes à toute action belliqueuse. L’Arabie, dont l’alliance avec Israël est plus que réelle, n’arrête pas d’exhorter les États-Unis à attaquer l’Iran. Néanmoins, elle oublie qu’elle ne peut changer de géographie et que ce pays demeurera son éternel voisin pendant que les Américains seront certainement ailleurs.













lundi 6 mars 2017

Un 8 Mars éternel


Il est des moments dans la vie où plus rien ne va. On a l’impression qu’elle roule tout simplement en suivant son chemin inexorablement, sans prendre la peine de regarder derrière. Elle s’en va droit devant, sans tenir compte de toi ni de tes inquiétudes. Sans demander ton avis, et sans t’attendre, elle s’en va, nullement intéressée par tes préoccupations. Ni fière, ni vile, ni hautaine, ni scélérate, elle file le long d’une route qu’elle seule connaît et sait retrouver sans ton aide et sans jamais rien te demander. Égale à elle-même, elle s’acquitte de sa mission en portant toujours le même habit. Toujours partir sans jamais s’arrêter, tel est son protocole, telle est sa stratégie. Le temps lui est égal. Qu’il pleuve ou neige, qu’il vente ou qu’il fasse beau, cela n’entre jamais dans ses considérations, dans son tableau. Huilée pour marcher indéfiniment à  la même vitesse, en tout lieu, sans fioritures et sans ambages, elle file impersonnelle, intransigeante et nullement affectée par les situations sulfureuses ou autres  te rattachant à elle ou qui t’identifient.

 Il m’arrive souvent de méditer sur ma vie. Et souvent, je la trouve ennuyeuse et surtout infoutue de m’apporter ce que j’attends. Parfois, je pense qu’elle en est incapable. Implicitement j’admets qu’elle en est capable, mais pour les autres, seulement. Ce qui est évidemment faux, mais dans ma cervelle d’oiseau entêté, je continue à croire que la vie est vraiment pour quelque chose dans la réussite des uns et dans le cauchemar des autres. Et logiquement, je me place d’emblée en droite ligne parmi ces autres. Je la charge donc de tous mes maux et je lui dis, toi ma vie, tu ne m’as rien apporté, comme si elle manquait à son devoir consistant à m’assister. Elle ne me répond pas, bien sûr, et le comble, je continue à espérer quelque chose d’elle  à travers mon désespoir qui n’en finit jamais de perdurer. Mon désespoir prend ma défense en s’accrochant à cette faible obscurité, indépendamment de ma propre volonté, pour implorer ma vie à changer de conduite à mon égard. Elle ne le fait pas et ne le fera jamais ! Elle est dépourvue de jugeote et d’esprit. Elle est aussi dépourvue de sens et ne peut en aucun cas éprouver mon ressenti, sinon, il y a longtemps qu’elle m’aurait prise en pitié. La pitié ? Entre nous, je n’en veux pas ! Quand bien même, elle me prendrait en pitié, je ne saurais me contenter de ce qu’elle m’aurait apporté. Ce serait donné et non mérité. Elle m’ôterait ce petit quelque chose, identique à celui qu’éprouve un étudiant lors des proclamations des résultats à l’issue d’un examen. Elle me priverait de cette joie immense à savourer la récompense.

 Ma nature complexe est aussi pour quelque chose dans ma misère et ma désolation. Trop confiante en moi, elle me surestime en plaçant la dragée haute à mon endroit. Résultat : je ne tire aucune satisfaction de tous mes combats. Tout ce qui satisfait un être normalement constitué ne peut me suffire ni me contenter. Alors, cette complexité de mon être fait que j’appréhende les différents problèmes et difficultés qui viennent à me rencontrer avec  suspicion et perplexité. Cela ne veut nullement dire que je redoute éventuellement un échec, mais signifie évidemment que je pars d’emblée avec la certitude de ne tirer aucun plaisir d’une réussite et aucun contentement. Le pire, c’est quand je suis confrontée à une situation pas trop difficile, pour ne pas dire facile. J’aime les situations laborieuses où l’esprit est très sollicité. Les situations inextricables ont le mérite de me galvaniser en me procurant un bonheur indéfini à relever le défi. Quel plaisir de découvrir enfin leur maillon faible en vue de leur asséner le coup fatal ! À ce niveau-là, tout n’est pas encore perdu. Cependant, une fois leur quartier de défense complètement saccagé, mon âme se recroqueville sur elle-même dans une déconfiture totale qui n’a d’égal que le dépit qui la submerge et l’assagit. Mon âme est insatiable ; elle est incapable  de comprendre que toute chose a ses propres limites.

 Il faut dire que moi aussi, je suis une sacrée bonne fille. Les obstacles  me grisent au point de les rechercher indéfiniment. Quand ils sont franchis, mon âme tombe, alors, en désuétude. La déliquescence s’empare d’elle et me voilà revenue au point de départ avec moins de possibilités de me frotter à d’autres difficultés. La vie est tellement mystérieuse que chaque moment qui passe change inéluctablement les données. L’approche devient toute différente ainsi que la résolution. Néanmoins, cela me donne la chance de me poser certaines questions inhérentes à ma vie. Pour ce faire, je me « décorpore » de mon existence de façon à m’en séparer :

Je me place en haut du sommet de mon observatoire improvisé, et la longue-vue aidant, je me mets à la surveiller, à essayer de la suivre dans ses moindres pourtours sans jamais l’apostropher. Au départ, tout est normal, sauf que je triche un peu sur la notion du temps, je ferme parfois  les yeux pour supposer la nuit et penser qu’il fait jour quand il s’agit de nuit pour la prendre justement en flagrant délit. Alors, je la vois comme une poule en train de pondre des œufs là où il ne faut pas sans se soucier du coq qui, fort de son statut de roi de la basse-cour, monte sur ses ergots en se plaignant  que madame l’ignore parce qu’elle procrée et lui non. Toutefois, il lui arrive d’essayer de pondre un œuf en contractant fortement son cloaque pour simuler une grossesse nerveuse, mais le pauvre ne fait qu’esquinter ses sphincters pour ne récolter finalement que du vent à se faire péter le gésier. C’était bizarre tout de même de  voir la vie  se becqueter avec elle-même, dans une rixe pour le moins extraordinaire et si étrange. Tantôt poule, tantôt coq, elle ne se départit jamais de ses raisons, ni de ses convictions. Changeant sans cesse de peau pour bien se donner le change, elle essaie de leurrer la spectatrice potentielle, en l’occurrence moi, qui se croit un instant non concernée par le pugilat des gallinacés, quoique se trouvant inévitablement et forcément  dans la poule d’essai. Du haut de mon perchoir et à l’abri des regards incertains et curieux de certains envieux et à son insu, je la regarde pondre autant d’œufs que de repères pour jalonner irrémédiablement les moments passés.

 Quand je décide enfin de quitter mon perchoir et ma cache, je me retrouve nez à nez avec moi-même avec les mêmes tics et les mêmes manies, comme si le temps écoulé à contempler ma vie ne m’était absolument pas compté. Finalement je me trompais. Hélas, le temps était là pour m’apporter la preuve que mon âge était ce qu’il était et que ma vie s’en foutait de savoir comment je l’avais vécu. Cela ne la regardait nullement de savoir si le poulet que je venais de manger était un coq ou la dernière poule du quartier. Elle ne se pose même pas  la question sur le temps que je venais de passer à l’épier ni sur la destination de cette  surveillance qui ne l’affectait d’aucune façon. Alors, adossée au mur de la raison, j’attendis, avec impertinence, la sentence d’une possible fulmination. Elle vint toute crue, en un gros point d’interrogation.

Décembre était bien là, et l’hiver était déjà bien engagé. Le ciel moutonnait chaque jour depuis une semaine. Il cuisinait sûrement quelque temps de chien, attendant le moment propice pour le lâcher sur nos cerveaux déjà pleins. Je m’étais habituée à ne pas observer le ciel durant la saison d’hiver, car cela influait énormément sur mon comportement et n’arrangeait en rien mes idées. J’essayais tant bien que mal à l’ignorer pour mener mon train-train quotidien comme je l’entendais. Je m’efforçais de ne pas tenir compte des facteurs tant naturels qu’exogènes qui risqueraient dans une large mesure de bouleverser mes intentions et mes décisions. J’aimais bien la pluie, surtout lorsqu’il s’agissait d’une bruine. Fine, douce et presque silencieuse, elle  suggérait de bien belles choses. Seulement, les averses et surtout les orages me mettaient en colère et désorientaient complètement ma boussole par leur véhémence et leur spontanéité. Par  contre, j’adorais le vent. Toute petite, je m’amusais à courir dans le même sens que lui, aux fins de m’envoler et de virevolter à l’image d’une feuille de platane.

J’aimais bien ma  famille et elle me le rendait si bien, nonobstant les querelles enfantines qui m’opposaient  fréquemment à mes frères et sœurs, à notre aîné surtout. Nous étions, lui et moi, comme  deux chiens forcés à vivre dans un même chenil. Je ne supportais pas ses airs de macho révolus quand il s’élevait en maître absolu à bord. Il jouait pleinement son rôle de gardien du temple et cela retombait évidemment sur la petite fille que j’étais. Je devais essuyer ses colères quand il avait, après les filles, une certaine rancœur ou quand il sentait que son pouvoir s’émoussait. Alors, il s’emportait, pour un oui, pour un non, se saisissant du moindre prétexte pour me damer le pion. Dans la foulée, il vilipendait toutes les femelles. Ma mère le laissait faire, car, disait-elle, de par sa nature, une fille était destinée à vivre toujours sous l’emprise d’un mâle. En effet, la pauvre commence son apprentissage à la maison en subissant le joug patriarcal et à défaut, celui de son bienheureux frère. Il était heureux, car chanceux dès sa naissance. Chez nous, le garçon était plus que respecté. Il bénéficiait de toutes les faveurs en jouissant d’un intérêt toujours grandissant. Ma mère, dans son ignorance, soutenait que le garçon était en droit de s’escrimer sur le dos de ses sœurs qui lui fournissaient à titre gracieux, une école des plus intéressantes. Là, il assurait d’abord son initiation avec ce que tout cela suppose comme décisions arbitraires et opprimantes. Les conséquences, souvent malheureuses, retombaient inévitablement sur la gent féminine sous le regard amusé et  ô combien complaisant de la maman.

Mon père ? Je n’ai aucune souvenance de lui, à part quelques photos jaunies par le temps et par une manipulation désastreuse. Il nous a quittés alors que je vagissais encore. Il me manquait beaucoup cependant, mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, je ne pensais pas souvent à lui. Rares sont les fois où mon esprit torturé le sollicitait dans son errance. Ces fois-là s’apparentaient aux jours où je récoltais les bavures de notre aîné. Je me disais en ces moments de vulnérabilité féminine que si mon père avait été là, il se serait conduit autrement. En tout cas, ce n’était pas tellement évident, puisque tout le monde admettait le fait accompli en tolérant la supériorité masculine. Il y allait de l’honneur de la famille. Potentiellement, la fille était l’ennemie publique numéro un eu égard à cet honneur-là. Dans  toutes les sociétés, même celles dites civilisées, la femme demeure toujours mal considérée. Depuis que le monde est monde, l’honneur a toujours existé. D’une façon criarde d’abord, il se collait à tous les aspects de la vie. Ensuite, avec le temps les approches évoluèrent. Elles le feront si lentement comme si l’histoire, jalouse de perdre l’une de ses caractéristiques essentielles, refusait de se défaire d’une réalité plus que séculaire. Elle déclinait le changement en prenant le temps de lâcher du lest en un goutte à goutte si insignifiant que rares sont les générations qui ont vu leur statut changer sous leurs yeux avides et impatients.

 La gent féminine  portait en elle-même les raisons de cette lente évolution. Le poids de tout un héritage en somme qui se met en mouvement dès lors qu’on pressent un changement. Les rouages de la société sont tellement huilés que même les femmes se mettent d’emblée dans une position d’attentisme sidérant en refusant les occasions qui leur sont offertes pour prétendre à un heureux changement. Elles occultent par leur impuissance, une redéfinition des rapports qui les tiennent enchaînées à un mode de vie qu’on n’hésite pas à décrier lors des manifestations et regroupements, justement organisés à cet effet.  Les décisions et les motions, enfin déclarées et enregistrées, sommeilleront longtemps, hélas, jusqu’aux prochaines rencontres, condamnées à n’exister que l’espace d’un moment, dans un hémicycle borgne et claudicant. Le plus beau, c’est que tout le monde se souviendra  comme par enchantement de la femme et lui accordera, le temps d’une respiration, d’une pause de récréation, un intérêt tout juste à la hauteur de ses jupons. À tous les égards, seule son anatomie est intéressante. Les opportunistes en tout genre vont se disputer à rehausser au mieux  le blason de cette créature si belle et si fragile, le temps d’une journée. Cette merveilleuse création ne demande rien apparemment, mais admet cependant que son statut est débattu à huis clos, face à la télévision.

Ma mère, que le temps avait renforcée dans ses convictions, n’accordait guère d’importance à ces chinoiseries qui d’ailleurs ne la regardaient d’aucune façon. Elle était heureuse dans sa condition d’être oubliée et reléguée au deuxième plan dans l’architecture familiale. Je l’enviais dans une certaine mesure, car elle ne se donnait même pas la peine de réfléchir pour remettre en cause sa situation d’être opprimé ; résignée, elle acceptait les règles du jeu et l’ordre établi. Là où le bât blessait, c’est qu’elle n’essayait même pas de comprendre mes réactions en réponse au diktat de mon frère qui trônait du haut de ses trente ans sur mes dix-huit ans, avec une témérité extraordinaire. Il excellait dans l’art de m’empoisonner la vie et n’hésitait pas à me chercher noise, recréant à l’envi les justifications de sa démesure, à sa mesure.

 Je n’étais pas, comme les autres filles, confinée à vivre au jour le jour ma vie partagée entre l’école et la maison, sinon la maison tout court. Toute petite, j’aimais la lecture et pour longtemps, le livre fut mon seul et meilleur ami. J’essayais de fuir, à travers cette fenêtre de l’esprit, le monde qui m’accaparait. Je réussissais quelque peu à me distraire d’une réalité amère et suffocante qui empêchait ma personnalité de s’affirmer au-delà des idées surannées et des schémas stéréotypés, calqués sur un modèle archaïque et plus que dépassé. En un mot, je plongeais dans les livres pour fuir le monde dans lequel je vivais. Je m’accrochais à ces bouts de papier pour supporter, un tant soit peu, la camisole que la société m’avait préparée bien avant ma naissance et que j’ai ,  ce fameux jour où  mon petit fessier reçut la première raclée. Je ne regrette pas d’être née. Cela ne me regarde d’aucune façon le fait d’être venue, car on ne m’a jamais demandé mon avis. Je suis simplement  arrivée par décret suprême et je n’ai ni le pouvoir ni le droit de le contester. Je n’ai pas choisi mes parents et surtout pas mon frère. Au fait, je ne le hais pas. Au contraire je l’adore. C’est un très bel homme. Seulement par moments, il me mène la vie dure. Ce n’est nullement sa faute. Lui-même est victime de cette société et de sa condition de mâle. Je lui pardonne du fond du cœur sa suprématie. Je disais donc, que je trouvais le moyen de me soustraire à ma prison dorée (une prison restera une prison même si c’est au paradis) en me réfugiant dans  la cellulose transformée et imprimée ; les caractères magiques  m’emmenaient loin, par la seule force de leurs sens et signification, dans des contrées où je me sentais maîtresse de moi-même et enfin libre dans mes pensées.

 J’imaginais tout un monde où mon frère ne pouvait pas m’atteindre, car ne pouvant y accéder ; je pouvais me permettre toutes les choses inouïes et défendues. Le livre était devenu par excellence mon meilleur ami. Mais les choses ne demeurèrent pas en l’état. Très tôt  le livre devint  pour moi une source de problèmes, l’origine de tous mes maux. Je me mis à le détester un peu, à le fuir tout d’abord et à le charger ensuite. Il était responsable de ma nouvelle condition. Je suis devenue par la grâce de la littérature une éternelle révoltée. Je reconnais qu’il m’avait aidée à contenir un certain temps ma déception et ma rancœur. Les retombées étaient magnifiques. J’avais acquis des connaissances et des informations qui me permettaient de comprendre le monde dans lequel je vivais. Je commençais à maîtriser la langue et à m’imprégner des sens magiques des mots, de leurs couleurs, des moutures des phrases et des circonlocutions subtiles ; les  paraboles merveilleuses me faisaient chavirer et je rêvais de devenir écrivain. Toutefois, c’était sans compter le revers de la médaille ou plutôt le retour de  la manivelle. La lecture m’avait ouvert les yeux et avait aiguisé mon esprit en rendant ma situation, on ne peut plus, insupportable. Je m’identifiais à ces millions de femmes aussi anonymes que réelles, aussi soumises que fidèles et dont je devais porter haut le flambeau. 

 Pour ce faire, je devais donc me battre. Et ma première bataille eut lieu ; elle m’avait opposé, vous l’avez deviné, à  mon seigneur de frère. D’autres batailles suivirent dans le même champ avec le même adversaire. Elles gagnaient chaque fois en intensité, l’orgueil mâle s’érigeant toujours en chef d’état-major des plus confirmés. Il était le pouvoir et j’étais la puissance. La pierre d’achoppement quant à elle, étant toujours la même, elle portait les couleurs de l’honneur. C’était en fait, le porte-drapeau de mon frère et par ricochet, de toute la famille y compris ma mère. Intérieurement je m’amusais bien, de savoir que l’honneur tant élevé en dogme ne concernait finalement que certaines parties de mon corps. J’en riais tellement que je prenais un malin plaisir à le rabaisser au  niveau de mes fesses en accentuant un peu le dandinement. Tiens ! Prends ça, sacré honneur ! Tu le mérites ! Tantôt, mes cheveux avaient le mérite de s’adjuger ce rôle, tantôt, c’était ma poitrine, tantôt, c’était ma taille tout entière et tantôt, c’était juste mon petit derrière. Cela dépendait des vêtements  que je portais et de la manière dont je les portais. Mon frère était tout le temps avec moi. À la maison comme au-dehors. Réellement, il m’accompagnait partout où j’allais. Il avait l’âge de tous les hommes. Je ne pouvais m’en défaire à longueur de journée. Et mes nuits, il venait, fantomatique, les occuper également. C’était une obsession continue face à laquelle mon esprit révolté érigeait des barricades en tissant dans ses rouages des idées aussi folles que bizarres. Je me retrouvais seule, face à une adversité supérieure qui annihilait tout mon être en l’acculant à ses derniers retranchements. Recroquevillée sur moi-même, je philosophais sur le moyen de me sortir de ce cercle vicieux dans lequel gravitaient tous mes déboires. Des espoirs condamnés d’avance, à  demeurer en l’état, se nouant et se dénouant au rythme de mes humeurs et de mon environnement hostile, qui ne cessait de grignoter leur espace vital. En fait, c’était une peau de chagrin où je voyais mon semblant de vie, un ersatz, un liseré d’existence des plus superflues. Peu à peu, de nouvelles idées accaparèrent mon pauvre esprit déjà fort malmené, à l’étroit dans ma petite tête torturée. Le moulin de mon cerveau avide de belles graines ahanait en ne broyant finalement que du charbon. Les méninges qui lui servaient de meules et que je destinais à d’heureuses éventualités furent sollicitées malgré elles à ladite sombre machination. Enfin, tout mon système se prêta à ce jeu, rendant mes jours encore plus sombres et plus malheureux. L’hiver claqua la porte en me laissant dans un état déplorable ; tout allait de mal en pis. Le printemps pointa son museau pour me trouver encore plus délabrée.

En ce premier lundi du mois de mars, je me retrouvais toute seule à la maison. Je n’avais pratiquement rien à faire à part flâner, à travers mes idées, encouragée en cela par le silence omniprésent. Ce jour-là, j’avais séché les cours pour un petit mal de tête. Évidemment, ce n’était qu’un prétexte pour me justifier vis-à-vis de ma raison. Réellement, je voulais fuir  les séances ennuyeuses de cette journée. Et puis j’avais un peu le cafard et une envie de ne plus être sérieuse. La veille, en pleine nuit, j’avais décidé de ne pas me rendre à la faculté. Le mensonge était devenu pour moi de bon aloi, surtout pour éviter les remontrances de ma grande sœur qui tenait coûte que coûte à ce que je finisse mon cursus. Elle me surveillait de très près, ajoutant  de l’huile sur le feu qui n’en finissait pas de couver en moi depuis que mon frère s’était mis à m’interdire les sorties, que ce soit seule ou avec des amies, pour des raisons que lui seul  connaissait. Il est vrai que j’étais d’une beauté extraordinaire. Beaucoup de jeunes gens me tournaient autour. Que dis-je, même ceux qui avaient l’âge de mon père se retournaient sur mon passage. Certains, audacieux et  insolents, m’interpellaient en me gratifiant de leurs œillades et de leurs sourires sournois qui en disaient long sur leurs intentions. Je m’en moquais éperdument et n’attachais guère d’importance à leurs simagrées qui, en fin de compte, n’étaient qu’amusement. Intérieurement, je tirais une certaine satisfaction à me savoir autant désirée. Sûrement, mon frère avait eu vent de ces balivernes et broutilles. Peut-être, fus-je l’objet d’une discussion acharnée entre mâles et mon frère interposé ? En tout cas, il me fit part de sa décision sans pour autant m’en donner les motifs et les raisons. Il était impératif que je m’astreigne désormais à ce nouvel ordre sans rechigner. C’était d’ailleurs sans appel. De prison dorée, la maison était devenue une caserne. Des ordres à exécuter sans pouvoir réclamer, même après exécution. Cet ordre-là était permanent, donc sans possibilité de réclamation.

Les filles, c’est-à-dire mes deux sœurs, étaient parties je ne sais où de bonne heure et mon frère était allé  tôt au marché de la ville où il tenait un étal qui nous faisait vivre. Il servait quand même à quelque chose qui n’était pas rien du tout. Je lui reconnaissais ce sacrifice et lui étais redevable. Ce n’était nullement son devoir de subvenir à mes besoins. Il s’acquittait de cette tâche admirablement, parfois à ses dépens, pour nous permettre à ma mère et moi de vivre, quoique chichement. Mes sœurs s’occupaient d’elles-mêmes et participaient chacune selon ses capacités au maintien de toute la maison. Ma mère était partie aussi rendre une visite à sa cousine qui habitait tout près. Je me suis surprise à faire la grasse matinée. Je m’étais réveillée tôt, comme d’habitude, obéissant aveuglément à mon horloge interne. Mais, mon corps avait refusé d’abdiquer au carillon matinal ; il était à l’aise dans la douceur du lit et des couvertures qui le moulaient comme si elles avaient peur qu’il leur fausse compagnie en les jetant par-dessus bord comme à l’accoutumée. Complètement  emmitouflée, j’écoutais silencieusement le discours étrange que tenait mon esprit dans ma tête. Je voulais savourer le moment sans être dérangée dans ma somnolence, mais voilà que des voix se disputaient à même mon cerveau pour m’inviter à un sacré songe. Je me couvris bien la tête pour mieux percevoir et mieux déchiffrer leurs cris. Je me délectais de ma seule présence, libre de toute promiscuité et de toute interférence.


Cependant, une toute petite voix réussit quand même à sortir du lot en venant s’asseoir au creux de mon oreille. Je sentis son haleine douce me fouetter le tympan et me lécher l’oreille interne, comme une sage et gentille petite chienne. Je me détendis, charmée par tant de grâce et tant de félicité. Féline, elle ne cessait de me câliner en ouvrant les battants d’un ciel si bleu jusqu’aux confins de l’horizon. Elle me susurrait des choses et je l’écoutais. Elle me disait, lève-toi, petite fée, et suis mon regard, aujourd’hui c’est ton départ, ton train est en gare et il faut que tu te prépares ! Surexcitée, j’avais déjà ouvert la fenêtre. Des cris aussi proches que lointains emplirent soudain ma raison. Enfin, du quatrième étage, je rejoignis la longue procession des femmes qui  étaient en fête, le huit mars, un calicot jeté sommairement sur ma tête.
Copyright © 2017 Benaissa Abdelkader

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samedi 4 mars 2017

Madame


Au nom de mon enfance
Au jour du vagissement
Bien avant la naissance
Toi et moi à l’unisson
Nous étions seuls
Tous les deux
Toi, d’abord
Moi, ensuite
Moi, en dedans
Toi, en dehors
Toi, la mère
Moi, ta chair
Toi, l’enveloppe
Moi, l’endocarpe
Toi, le moyen
Moi, la fin
Nous étions seuls
Moi, la solitude
Toi, la finitude
Nous étions seuls
Tous les deux
Equation irréelle
Où, un plus un
N’égalait pas deux
Où un moins un
Enfantait nous deux
À ce moment-là
J’étais le prince
Et tu étais le fief
Tu étais l’altesse
Et j’étais le grief
D’abord Dieu
Et puis le temps
Nous séparèrent
Tous les deux
Le temps de te quitter
Sonna comme un pleur
De la première fessée
La première douleur
Puis côte à côte
Du même côté de la vie
Accroché à tes sources
À la chauve-souris
Je sirotais le miel
De tes abeilles lactées
Sur ton dos, mon lit
Ma sieste somnolait
Où souvent ma vessie
À cœur joie s’adonnait
Et retenant ton haleine
Embrassais la p’tite fontaine
Tu étais là !
J’étais là !
Naturellement
Simplement
Moi, l’enfant
Toi, la maman
Le temps était là
Aussi
Te mangeait pas à pas
Petit
Innocent
Ignorant
Je grignotais ta jeunesse
Grand
Con
Arrogant
Je sifflais ta vieillesse
À cent ans
J’étais toujours ton enfant
Mais le temps
Inexorablement
Inéluctablement
Inévitablement
A dressé le bilan
Enfin en menhir
Tu as fini par finir
Tu as fini par partir
À toi Madame Maman
Un éternel soupir.

À toutes les mamans du monde, à l'occasion de la fête des mères.

mercredi 1 mars 2017

À fleur de peau

Au firmament de l’encore
Le bruit sourd des peaux dilatées.
L’ombre frôle la démesure, la surpasse
Au-delà de la perception sonore.
Les doigts de la main repassent
La peau se plie
Au fer de la délicatesse
La peau écoute
Le dérouler de la tendresse.
Les plis se font et se défont.
Plus agiles, les doigts reptiles
Sur le sable de la peau
Glissent et ondulent.
Les plis froissés
Les oubliés des caresses
La peau rebelle se dresse
Les doigts inventent le cri
En pinçant le pli
Comme une corde de guitare
Les ombres se dilatent
La peau devient cithare.
Le ciel au goût de miel
Se penche avec avidité
Le temps bascule
L’instant encense la vie
Ça sent la rose
De par le nid
L’amour, sans bruit, se construit.
L’instant dégoupillé
S’arme d’impatience
Au fil or de l’amour
Faufile un ourlet de tendresse.
Au premier traité de la trêve
Où s’enchaînent l’amour et le temps
Le silence achève
Les derniers mots.
La parole devient brève
Elle est instant
Elle devient peau.
La guerre des sens commence
Le «nous » se grève
Sur le glaive vaincu du silence
Tout se joue
Se noue
Se dénoue
Tout devient turgescence
Les « je » se mobilisent
La bataille s’improvise
Des cœurs en partance.
Les doigts s’agrippent aux murs
Bleus de l’incandescence
À blanc, les esprits en vacance
Sur une terre d’oubli
Où finit la vie et recommence.

Les morts vivants

Le soleil vient comme un clou se planter dans le décor
Déjà criblé de mon corps
Où se nichent certains trous c'est la ruche du vent
Où souffle le temps
Des garces aurores le vin pourri du sort
Où fermente la haine
Le jour vient très fort découvrir la plaine
Où se terre encore la nuit
Affreuse, lâche et vilaine le jour vient en colocataire
Avec l'acier de la terreur
Squatter les murs de la seule joie l'appartement de ma folie
Le jour vient lever le rideau
Du plateau de ma douleur du sol de mon ennui
Où j'ai passé la nuit
A recoudre ma peau les traces des balles
Comme de jolies fleurs
De somptueux coquelicots des enfants étalés sur la dalle
Nus sans un seul dieu
Sans un seul corps où, la vie ramassée s'endort
Sur la cuiller de la mort
Le regard fume encore de tous ces corps sans pudeur
Qui sourient en soulignant le tort
De toute la majesté de leur candeur.
Le jour vient et repart
En emportant chaque fois
Une part quelque part de mon profond moi
De mon sein vivipare
Où vit un palestinien cet être de nulle part
Ce petit moins que rien
Qui meurt chaque jour qui va. Il s'en va le jour
De ce toujours plat
Me laissant sur les bras ce bébé trop lourd
Que le monde très las
Met froidement au four le crématoire si bas
D'une raison sans amour.
Il s'en va le jour me laissant seul avec ce bruit
Où la guerre résonne et luit
De mon propre malheur ces enfants de l'oubli
Que le monde fuit
Que la nuit poursuit dans le ventre de l'enfer
Il s'en va le cœur aigri
De ce monde pourri avec dans l'âme pétri
L'embryon d'un enfant maudit.